la_ligne_droitePour REGIS WARGNIER qui connaît et apprécie l'atlétisme et la course à pieds qu'il qualifie de sport "originel" qui ramène aux premiers hommes, à la nature humaine... il y a quelque chose qui remonte à la nuit des temps de l'humanté et c'est aussi quelque chose d'esthétique. Pour lui, le thème profond de sa fiction c'est la résistance, le combat contre le mauvais sort. L'essentiel étant de refuser cela, de refuser l'immobilité et de se mettre en mouvement pour créer une dynamique afin de remonter la pente.

Dans ce cas -là,:"Quand on gagne c'est parce que la vie est en jeu". On pourrait rajouter, comme BRECHT: " les plaisirs sont complètement coupés du reste de la vie... Ils ne sont qu'une récréation pour se remettre à même de faire ce qui ne vous fait pas plaisir", même si dans "Ligne Droite" courir procure un vrai plaisir alors que les raisons de le faire sont totalement différentes entre les deux reliés au poignet par une corde qui ressemble étrangement et symboliquement à un cordon ombilical.

On voit d'entrée où se situent leurs besoins qui sont nombreux et variés, contradictoires. Pour chacun d'eux ce ne sont pas des désirs mais des nécessités; ils doivent donc être utiles.

Tout le film, artistiquement bien mené, grâce à la connaissance du milieu sportif par son réalisateur et à sa façon de filmer en étant très proche pour ne rien louper des émotions et faire ressortir que sur la piste ce n'est pas que des athlètes au travail. Chacun met les pieds sur le stade pour faire son deuil du passé, mais ce deuil a ouvert un vide imprévu et c'est dans ce vide abyssal qu'ils vont devoir éprouver leur vocation nouvelle alors que tout menace de les engloutir; ils vont devoir passer par diverses épreuves de leur existence comme on franchir un après l'autre les obstacles qui ici restent invisibles pour l'autre à qui on est lié.

La mère du jeune aveugle (CLEMENTINE CELARIE) fait parti de ces mères courages qui par un trop plein d'amour jette sur celui qu'elle aime le désir et le deuil d'un destin rêvé mais qui ne sera jamais accompli. Sa sincérité et l'intensité de son chagrin, jamais montré, l'a rendue dure et peu objective car pour elle, seule la famille peut nous protéger et éviter que l'on gâche sa vie.

Regis Wargnier, a réalisé une fiction cinématographique dans un autre but que de s'appitoyer sur les non voyants, même s'il permet de mieux comprendre comment et pourquoi il est possible pour tout le monde d'aller de l'avant et de se créer une vie nouvelle qui justifie tous les sacrifices. Comme l'a dit quelqu'un avec beaucoup d'humour: "de toute façon on sait qu'à la fin on n'en sortira pas vivant!". Ce film me semble beaucoup plus interressant que "FIGHTER" de David O RUSSELL qui sort aussi cette semaine et qui se veut un film sur la "rédemption et la fraternité" mais pour lequel les producteurs ont exigés qu'on lui donne un relent de "ROCKI" afin d'en faire un film de divertissement qui attire un plus grand nombre de spectateurs afin d'assurer les profits. Pour RUSSELL :"quand tout va mal vous pouvez sortir vainqueur si vous ne baissez pas les bras, si vous travaillez dur, si vous restez fidèle aux personnes que vous aimez et si vous faites les bons choix". Wargnier démontre lui que l'on peut aller beaucoup plus loin dans la réflexion en se servant de la vie d'autrui pour se reconstruire et l'aider à se reconstruire aussi pour réussir ensemble, si au départ on commence par s'apprivoiser, si après s'être testé on essaie de se se connaître, de connaitre les limites de l'un et de l'autre pour ne pas se bouffer la vie. La Ligne droite c'est quand on se rend compte qu'on était fait pour se rencontrer, pour courir ensemble ...

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