anatoliePour comprendre pareil film, le mieux est de relire d'abord, je pense, ce que disait Walter BENJAMIN:" le langage atteste sans équivoque que la mémoire n'est pas un instrument d'exploration du passé, mais qu'elle en est au contraire le théatre. Elle est le milieu de ce qui a été vecu, tout comme la terre est le milieu où sont enfouies les citées mortes.

Quiconque aspire à se rapprocher de son passé enfoui doit se comporter comme un homme qui creuse. C'est celà qui détermine la tonalité, l'allure des souvenirs authentiques. Il ne faut pas craindre de revenir sans relache sur les mêmes faits, de les étaler comme on étale de la terre, de les fouiller comme on fouille un terrain car les faits sont seulement des gisements, des couches qui ne livrent qu'à l'issue d'une méticuleuse exploration ce qui constitue les vraies valeurs recélées dans le sous-sol: les images qui détachées de leur contexte primitif, se trouvent tels des objets précieux dans les salles austères de notre maturité comme des fragments, des torses dans une galerie de collectionneur. Assurément, pour entreprendre des fouilles avec succés, il faut un plan. Mais il est tout aussi indispensable de porter dans l'obscurité de la terre la pioche circonspecte, tâtonnante; car il se prive du meilleur celui qui ne fait que dresser l'inventaire de ses découvertes sans conserver par devers-soi le sombre bonheur qui peut naître des lieux même de la trouvaille. La recherche infructueuse y a part aussi bien que celle qui aboutit, et c'est pourquoi le souvenir ne doit pas procéder par récit, encore moins par compte rendu, mais sur un mode littéralement épique, rhaspsodique, éprouver sa pioche en des lieux toujours nouveaux, pousser la prospection vers des couches de plus en plus profondes".

NURL BILGE CEYLAN a mis en pratique cette leçon magistrale de Benjamin pour filmer en 2h 30 une fuite du temps dans la province turque que l'on appelle l'ANATOLIE; fuite qui rend la vie pleine. Comme il dit "Il faut d'abord se perdre pour trouver". Parce que la découverte est lente qui est sa façon de voir la vie, NURL B C a traité son film comme quelqu'un qui creuse dans un endroit mystérieux, obscur ( la première moitie du film se passe la nuit). Les paroles et les gestes de chaque personnage relèvent de cette façon d'aller au fond des choses; alors forcement c'est long. il y a du tragique avec des situations qui ne se privent pas de l'humour, un humour mordant, bref, concis.

Le réalisateur TURC nous dit s'être inspiré de tableaux de REMBRANDT et VERMEER (par exemple de la fille à la lampe) pour rendre au mieux le clair obscur des images qui reflète l'atmosphère morale des habitants de cette ville de province à travers ce qui, au départ est un thriller pour démasquer les failles de la société à travers un drame humain. Il explique qu' il a commencé par amasser beaucoup de matériaux et qu'il s'est servi par exemple de la façon de raconter d'ANTON TCHEKHOV. Après tout n'est qu'une façon de mettre chaque élément retenu qui soit pertinent et nécessaire à l'intrigue, en semant ici et là des fausses pistes pour retenir l'attention du spectateur :" Il n'y a rien, dit-il que je ne puisse jutifier.  Je peux répondre aux questions sur chaque détail". Le choix du Tître "IL ETAIT UNE FOIS L'ANATOLIE" fait référence à SERGIO LEONE qui a le premier user de ce style pour raconter ses aventures qui rappellent qu'ainsi va la vie chez les humains.

IL a pris pour décor l'ANATOLIE dont le mot lui même recelle bien des secrets mais il se défend d'avoir voulu faire un film seulement compréhensible par le public Turc, sa portée doit être universelle, dit-il.

Ce réalisateur est un artiste du cinéma de création qui ne repart jamais les mains dans les poches quand il  présente un film en compétition dans un festival. Cannes l'avait déjà distingué pour son film en noir et blanc" KOZA", puis en 2008 le prix de la mise en scène pour "les trois singes" et cette année encore pour ce film cinémascope avec le prix du Jury.

Ne vous attendez pas, dit-il encore, à voir quelque chose de facile à digérer. "le début du film prend du temps mais cela aide à la perception"

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