berthe

"Je ne cherche pas à faire rire, je le filme". BRUNO et DENIS PODALYDES sont les frères de la comédie burlesque au cinéma qui fonctionnent en alter égaux,, Bruno aux manettes et Denis façe à la caméra.

Bruno est un bon connaisseur du court métrage qu'il a pratiqué à ses débuts avec succés (primé aux César pour "Versailles rive- gauche"-1992). C'est un pierrot lunaire qui dit vouloir éviter les recettes du Vaudeville. ll explique vouloir affirmer trés sérieusement des bétises qui ont des effets de retard en faisant un comique de répétitions avec une sorte d'humour noir. Cette année, son long métrage "Adieu Berthe ou on enterre grand-mère" a été présenté à la quizaine des réalisateurs de CANNES.

"Je rédige devant mon ordinateur, je réalise, puis avec mon frère on fait un ping-pong de dialogues. C'est le rire de l'autre qui valide une réplique; on va à l'essentiel....L'improvisation c'est la prépa, pas le tournage; il ne faut pas qu'une scène soit ennuyeuse, mais j'aime que le hasard propose des choses; je crois beaucoup aux coincidences. Le cinéma permet d'imaginer un monde viable; c'est une grande illusion en soi." La devise qu'on peut lire au fronton de la maison de retraite des artistes est:" sourire quand même à la vie", il semble que ça soit aussi celle du film "ADIEU BERTHE" ( quand plus rien ne marchait comme on voulait, nos vieux lançaient "Adiù berthe! en patois, synonyme de "c'est la fin des haricots"). Beaucoup de gens, aujourd'hui, vivent mal ce manque de connaissance sur leur origine, leur famille, voilà pourquoi les "arbres généalogiques" reviennent à la mode. Podalydes  nous raconte comment un obscur pharmacien, incapable de choisir entre sa femme et sa maitresse, découvre à l'occasion du décès d'une grand-mère oubliée qu'il y a des fausses illusions sur ce qu'on connait vraiment des siens (l'amour/la mort). Comme l'explique bien VALERIE LEMERCIER qui tient à merveille le rôle de la maitresse frustrée qui insulte et profère des injures et des obscénités à tout bout de champ, contre tout le monde :"l'Humour est un exercice de style ancré dans le réel, presque comme un reportage"..

Pour illustrer les petits moments d'émotion/souvenirs PODALYDES a eu recours aux chansons de MOULOUDJI et MOUSTAKI..

Son père était un pharmacien, voilà pourquoi il nous livre un ballet de tiroirs qu'on ouvre et qu'on ferme ( c'est un peu aussi  les divers histoires à tiroir du film). Il nous fait découvrir dans l'un d'eux le passé véritable de cette femme qui était dévenue grand-mère en nous rappelant que ceux que nous appelons les "vieux" ont été jeunes eux aussi et parfois bien plus jeune et audacieux que nous le sommes (il se rappelle qu'enfant il ne comprenait pas l'admiration que son père portait à l'actrice AUDREY HEPBURN et que quand il l'a redécouvert à l'age adulte il a compris que cette femme avait une classe folle et qu'elle incarnait la grace à l'époque de son père. (Sa mère était prof d'anglais et sa grand mère libraire). Dans le film le pharmacien qui rêve de devenir un magicien est un homme qui se complique l'existence en refusant de faire des choix. Il faut ce décès inattendue pour qu'il comprènne que dans la vie tout est une question de choix. Il lui faut choisir pour la cérémonie funéraire, pour le choix du cercueil, le mode d'enterrement (incinération) Cette expérience va se révéler salutaire pour la suite de sa vie et de sa carrière. Au passage on en profite pour égratigner le serieux des services de pompes funèbres et les marchands des conventions obsèques.

Faire rire sur ce qui se passe au moment d'un déces d'un proche n'est pas un sujet façile; ici ça marche pendant 1h40 comme un tour de magie... même quand il fait pleurer les enfants qui pensent que l'illusion  est la réalité et pas du cinéma.

ISABELLE CANDELIER, MICHEL VUILLERMOZ et Le divin PIERRE ARDITI apportent leur contribution et complètent un casting où il n'y a pas de second rôle.

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