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Le "FAUST" de SOKOUROV est une interprétation toute subjective du "URFAUST" (Faust primitif) de GOETHE. En fait, Alexandre SOKOUROV a adapté ce qu'il a perçu de la lecture d'un traité sur la nature morale du 17ième siecle imbibée de fantastique et de merveilleux qui s'oppose à la science et à la philosophie censé ouvrir la voie aux siècle des lumières et à son rationalisme humaniste,pour en faire un plaidoyer contre la corruption et le mal issu du 19 ième siecle qui a engendré, au siècle dernier la corruption et le mal totalitaire partout dans le monde.

Reprenons les choses dans l'ordre.

JEAN-WOLFGANG GOETHE (1749/1832)est un érudit issue d'une famille aisée de franfort (sur le Main) qui apprend plusieurs langues et pratique diverses activités sportives et de loisir. Il est d'abord devenu un avocat, puis un magistrat qui sera anobli et placé un temps aux finances de l'Etat. Ses passions sont la poésie, la botanique (étude sur la métamorphose des plantes),l'Ostéologie (étude des os humains), les problèmes de la lumière et des couleurs. Il consacrera au traité des couleurs une grande partie de son temps de loisirs en étudiant les effets psychiques, physiques et chimiques de la couleur. Il en déduit que la couleur est pleine de variétés en exercant des manifestations sur la sensibilité des humains avec des effets harmonieux sans que les objets et les formes y soient pour quelque chose. Il en conclue que l'oeil a besoin de la couleur autant que de la lumière pour provoquer un bien être et pareillement que la couleur est un élément de l'art qui collabore aux fins esthétiques d'une oeuvre même si elle est dabord Physiologique et pas seulement subjective car elle se manifeste physiquement de manière subjective et objective avec des variations d'intensité et de manière chimique quand elle se fixe sur des corps et des substances. Cette passion pour la couleur et la lumière, Goethe l'avait découverte dans le campement Prussien, peu avant la déroute des Soldats du duc de Weimar qui l'avait invité comme observateur contre les soldats en haillons du général DUMOURIEZ (bataille de VALMY). Alors qu'il regardait des soldats pêcher dans une mare d'eau (Il y avait au fond de l'eau claire un tesson de faïence qui renvoyait la lumière en changeant la couleur des poissons (couleurs epoptiques). Des chevaux venu boire avaient troublé l'eau et rappelé au poète que la guerre était toujours là avec le bruit des canons. Dans ses idées politiques Goethe n'avait rien d'un révolutionnaire, seule la lumière et l'esprit de la terre/nature le rendait optimiste. Son FAUST qu'il complétera vers la fin de sa vie parle d'un homme érudit et savant qui est mal dans sa peau car il se heurte aux limites du savoir de son époque et aux manque de temps pour pouvoir devenir une sorte de prince charmant capable de séduire la femme qu'il juge parfaite, ce qui le rend amer. Il cherche la solution à ses rêves car "Seul celui qui cherche sera sauvé!",dit-il. Pour modeler ses désirs de liberté et de jouissance sensuelle en vue d'obtenir la vie qu'il pense mériter sans modération, il accepte de vendre son âme au Diable et de cesser son existence vertueuse même s'il doit finir en enfer. FAUST retrace cette descente en enfer. Son oeuvre est parsemée de lumière et d'ombres (d'humour et de poéssie) avec des épisodes où le surnaturel doit engendrer la peur et provoquer l'angoisse chez celles et ceux qui constituent cette humanité souffrante tiraillée en les désirs et l'action pour jouir de la vie facile des seigneurs.(Dans la version 2 Goethe consent à pardonner à faust en faisant qu'il renonce à l'usage de la magie et en lui faisant entrevoir "un sol libre avec un peuple libre qui constitue l'instant suprème d'un si noble bonheur!").Bref, le Faust de GOETHE est une sorte de divine comédie dantesque, façon italo-allemande.

ALEXANDRE SOKOUROV (62 ans) est lui un réalisateur Russe aussi septique que Goethe sur la démocratie. Nationaliste  dans ses idées, il pense que "plus les taches sont artistiques et plus elles requient de la sincérité". Ce diplomé de l'école du cinéma de Moscou (VGIK institut fédéral d'Etat du cinéma) pour la mise en scène a été l'élève du réalisateur ANDREI TARKOVSKI ("SOLARIS"1972). Tartovski qui déclarait: "la liaison et la logique poëtique au cinéma est ce qui m'interesse car il (le cinéma) a une plus grande capacité de vérité et de poésie avec l'image qui est un monde miroité dans une goutte d'eau". Ce grand réalisateur était obsédé par les êtres tourmentés par leurs fantasmes et leurs imagination ainsi que par leurs tourments contradictoires; il regrettait que l'homme occidental ait perdu sa "liberté intérieure".

Le FAUST de SOKOUROV réinterprète le mythe du basculement de l'homme dans la recherche du pouvoir et des honneurs. La Marguerite dont rêve Faust est une lavandière charnelle qui vit dans un monde d'hommes cupides sans foi ni lois. FAUST est un professeur qui dissèque des cadavres sous le regard de son Assistant Wagner qui l'interroge pour savoir où se situe l'âme?. Ce savant, passionné de savoir, contacte un préteur sur gage qui souffre d'ulcéres purulents afin obtenir l'argent nécessaire pour de mener la vie dont il rève. Il signe un pacte pour mener à bien sa nouvelle expérience en compagnie de son usurier ambitieux et pleins de caprices qui a de violentes pulsions. Malgrés qu'il soit un être d'apparence robuste et intelligent, il se laisse corrompre par orgueil et accepte d'être dominé et possédé en cédant aux forces du mal qui transforment les sages en être totalitaire corrompu par l'argent et la luxure qui ne sait plus modérer ses désirs.

L'utilisation qu'il fait de la lumière et des couleurs est basée sur un gris obscur et un jaune étouffant qui a perdu toute transparence et lumière. Il a supprimé tout contraste qui pourrait suscité quelque sympathie pour ce monde (le maron/jaune donne du sombre et un contraste antipathique). Il fait un film qui est fait comme pour le  FAUST de GOETHE de morceaux de fragments qui ne rendent pas facile sa compréhension en première vision mais il manie les dialogues en usant, lui aussi, des grossiéretés et de la vulgarité (il manie moins bien l'humour et les moqueries dont était friand le jeune poéte). Sokourov ne laisse au spectateur aucun espoir de rédemption tant sa répulsion du monde moderne est grande. Ca reste un film politiquement correct, mais je ne suis pas certain, comme l'a dit le président de la Nostra de Venise avant de lui remettre le Lion d'or, que ça soit :"un film qui vous change pour toujours". Cela dit, si ça vous donne envie de relire le Faust de goethe traduit par GERARD DE NERVAL (Garnier flammarion poche):" puisse ce petit coup vous faire du bien!" comme disait la sorcière.

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