holy motors

C'est pas ce qu'il est convenu d'appeler un devoir de rattrapage cinématographique mais plutôt un exposé libre de tour empêchement.

Le cinéma de LEOS CARAX pénètre le monde des humains dans l'espace où sa forme est tellement chargée d'images qu'on ne voit rien de la réalité. Chaque forme est ornée d'une valeur qui lui est propre afin que le tout soit semblable à l'Univers. L'onde traverse l'océan de l'être porté par l'instinct. Le mystère, plus que l'harmonie, conduit et règle ce qui motive qu'il ne soit pas dans "l'air du temps".

Alexandre OSCAR DUPONT dit LEOS CARAX fait parti des réalisateurs français qui après 30 ans de carrière n'accepte toujours pas de paraitre de bonne grâce en public. Pas étonnant donc que dans son dernier film HOLY MOTORS son personnage central  qui voyage de vie en vie sans bien savoir qui il est vraiment (il intègre 10 personnes différentes) se prénome OSCAR et finit au milieu des singes:" Au fond je n'aurai pas vécu une vie de cinéaste; seulement celle d'un homme à qui il est donné quelques fois de faire des films".

"HOLY MOTORS" est un film de créateur qui défie notre esprit trop rationnel par une mise en scène complexe. L'histoire est originale et singulière (la limousine fait fonction de loge de spectacle, mais si on écoute Carax, l'idée lui est venue en voyant en Amérique de tels engins luxueux, de couleur blanche, pour transporter les personnalitées du cinéma, de la mafia ou des politiques vers leurs dernières demeures. On peut donc voir là un symbole sur l'objet du film qui serait le dernier voyage d' Oscar, assisté par un secrétaire testamentaire qui gère son planning de la journée complète et un chauffeur CELINE (EDITH JACOB) (incarne t-elle la mort?) qui le conduit sur différents endroits où il va revivre des expériences à travers sa personnalité du passé. Ainsi Oscar symoliserait l'Humain du XX° siècle et pas une personnalité particulière. Cette idée semble être confortée par la musique du Film "REVIVRE" de GERARD MONSET.

D'entrée CARAX nous donne à voir une salle de cinéma en pleine projection, il montre un miroir a des spectateurs figés, les yeux fermés (c'est dans ce miroir que va repasser la vie d'OSCAR), et pour le final il reprend l'image du film de KING VIDOR "LA FOULE" de 1928. Il y a comme ça plusieurs clins d'oeil,  par exemple quand oscar est recouvert de capteurs pour préparer une scène de combat d'alien? (il se metamorphose en bestiole), c'est le monde ultra informatisé qu'il dénonce comme l'avait fait CHARLIE CHAPLIN en montrant CHARLOT victime des Rouages d'une grosse machinerie (" les temps modernes" 1936). Il rend aussi hommage à l'art de la rue , une femme marche avec le visage recouvert d'un masque de carnaval venitien.

De l'aube à la nuit Oscar va ainsi voyager de vie en vie. Il commence par être un banquier Russe(?) qui habite une maison luxueuse et qui se rend dans sa limousine là où doit le conduire le chauffeur pendant qu'il prend connaissance de son emploi du temps, mais quand il sort de la voiture il est devenu une vieille femme infirme qui va mendier sur un pont. Les 9 autres rendez-vous seront tout aussi étranges et parfois louffoques; il sera tour à tour un meutrier qui trouve qu'on ne tue pas assez, une créature monstrueuse, et un père de famille. Comme Carax est quelqu'un qui apprécie la présence des femmes au cinéma, il les montre comme les fantomes de sa vie "pour la beauté du geste". Quand il incarne Monsieur MERDE qui sort des égouts (déjà montré dans son film "Tockyo"), il fait de ce bouffeur de fleurs qui bondit dans un cimetière de tombe en tombe, le KIDNAPPER du mannequin MAY M (EVA MENDES) qu'il emporte dans des catacombes. Puis il se figure en gentil père de famille Après quoi Carax nous ménage une sorte d'entracte avec une accordéoniste d'église Eva Grace (KYLIE MINOGUE) qui chante dans la Samaritaine à la dérive. Passé cette courte pause, histoire de retrouver un brin de lucidité, OSCAR reprend son périple fantomatique en croisant l'Homme à la PIRTH MARK (tâche de vin) MICHEL PICCOLI et d'autres encore (NATALIA CARAX...)

Au final CARAX nous suggère qu'il y a dans cet homme symbôle du XX° siècle de la laideur, du cynisme, de la barbarie ( l'instinct du tueur) mélangé à de la beauté, de l'innocence, de la mélancolie, du romantisme. Lui même étant assez nihiliste et sacarstique à l'image de son compagnon de cinéma :DENIS LAVANT :"Quand je découvre un scénario de Leos c'est toujours un peu effrayant. Je pressents les obstacles, les frayeurs les diificultées, les ecueils. Avec lui je doute toujours de pouvoir faire ce qui est prévu mais j'y vais parce que c'est quelque chose de rare".

Après  13 ans à ronger son frein, catalogué comme un réalisateur incapable de se remettre en question ( il a essuyé plusieurs échecs après "Les Amants du PONT NEUF" (1991) qui avait duré 3 ans pour le tournage et couté des millions de frs pour satisfaire l'obstination de LEOS) Carax à du se résoudre à tourner HOLY MOTORS en numérique, vu le budget réduit dont il disposait.

C'est pas un film à la porté d'un non cinéphile à la recherche d'un cinéma tranquille dans lequel il n'y a rien à chercher pour simplement distraire. Attendez-vous à souffrir pendant 115 minutes pour rester à votre place. (Présenté en compétition à Cannes beaucoup pensaient qu'il allait remporter au moins le prix de la mise en scène ,voir la Palme d'OR)

Carax est un homme qui, comme dirait ARAGON:"veut exprimer, qui a de l'expression, de la nécessité de l'expression, une conception trés haute, vitale, qui croit en la mission des artistes pour cette expression à travers  une espèce épique de combat contre la matière sans expression. et contre lui même, contre toutes ces choses en lui de ces errements extérieurs de la création artistique"

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