ANYWAYSXAVIER DOLAN est une jeune pousse québécoise du cinéma de création qui s'est fait remarqué lors de ses deux premiers films à petits budgets dans les quels il jouait aussi ("J'ai tué ma mère", "Amours imaginaires"). Ces expériences encourageantes lui ont permis de décrocher 8 millions de dollars pour pouvoir faire une troisième film en 58 jours de tournage.

Le problème dans ce métier, quand on débute, c'est de rester maître de ses émotions et ne pas vouloir brûler les étapes. A Cannes il abhorré, fièrement, le carré rouge des jeunes étudiants du Québec qui depuis des mois mènent une lutte exemplaire dans la rue contre le gouvernement qui veut augmenter le prix de l'inscription à l'université, soulevant la sympathie. Malheureusement, il s'est aussi illustré comme un adulte arrogant qui à piqué sa crise parce que son 3 ième film "LAURENCE ANYWAYS" n'avait pas été sélectionné pour concourir à la palme d'Or mais au prix du jury d'un "autre regard", ce qui déjà n'était pas donné à tout le monde. Autre déception sa sortie au QUEBEC n'a pas enthousiasmé les foules (20 000 spectateurs la première semaine) et depuis son film reçoit des critiques partagées..... Voilà de quoi déboussoler ce jeune réalisateur qui pourtant reste très prometteur. Quelques fois, une douche froide contribue à se remettre les idées en place, si on sait tirer les leçons de ses erreurs.

Avant même sa sortie, son entourage avait été pour partie dubitatif quand à la longueur du film :2h 40 ! lui a expliqué que ça ne pouvait être autrement conte tenu de l'histoire qui se déroule sur 10 ans avec un scénario qui obligeait à ce rythme qui sans être lent traine en longueur. Au final, Le récit s'est révélé trop ambitieux avec pléthore de séquences et une foison de personnages secondaires pour bien situer l'époque. La mise en scène hyper méticuleuse de DOLAN qui est une qualité aboutie, ici, à l'effet inverse de ce qu'il cherche; c'est à dire au décrochage du spectateur. Les hurlements, les cris, les engueulades pendant le premier tiers du film pour éclairer sur la difficulté de la transformation physique enlève toute sérénité au sujet traité.

Généralement, après une critique pareille, on fait l'impasse sur le film et on attend le suivant dans l'espoir d'un rachat possible. Ce serait profondément injuste car LAURENCE ANYWAYS est une création qui présente aussi bien des qualités cinématographiques qui méritent d'être soulignées. A commencer par l'histoire qui traite d'un sujet social  pas aussi marginal qu'on le croit et qui donc nécessite que dans les familles on ne traite plus cela comme une erreur de la nature en faisant de la personne concernée un pestiféré de la société. Ce film traite de l'identité des contraires (qui inclue les différences), chaque contraire est en même temps son propre contraire. L'amour du couple peut il survivre à cette identité des contraires?

 Comme le souligne MELVIL POUPARD, Dolan est un réalisateur très directif "j'admire sa technique, il avait des idées en regardant les acteurs tourner  ... Il a une façon unique d'installer la confiance et de faire participer" ce que confirme le réalisateur:" ma grande priorité c'est l'histoire et le jeu des comédiens".

Pour son film, il dit s'être inspiré pour la réalisation de films comme "un tramway nommé désir", "le silence des agneaux" et "Titanic" :" mais ce qui a le plus influencé mon travail c'est NAN GOLDIN" (photographe américaine qui dit avoir fait des photos pour " conserver la trace de la vie". Elle avait commencée par photographier sa famille en noir et blanc, puis a fréquentée avec son compagnon le milieu des drag queen, la fête, la drogue, la violence, le sexe , l'angoisse de la mort avant de se pencher sur la condition humaine, la douleur et la difficulté pour survivre quand, comme ses amis, on est atteint par le sida). Pour ce film Dolan s'est essayé  à la confection des costumes en se faisant aider par Françoise BARBEAU:"si le cinéma est le 7ième art, il doit être aussi la somme des 6 autres. La mode est la grande absente du groupe mais je pense qu'il faut aussi s'interesser aux 6 autres pour tous les comprendre"...J'apprends, petit à petit à maîtriser 2 ou 3 d'entre eux, j'intègre les autres sans les exécuter moi même" ( pour les décors il a confié la tache à ANNE PITCHARD qui a contribué à des réalisations de LOUIS MALLE et BRIAN DE PALMA. La photographie c'est YVES BELANGER qui s'en est chargé et NOIA pour la musique avec une multitude de morceaux divers et variés:"the Cure", Prokofiev, Brahms, Béthoven, Dépèche mode ou Céline Dion....).

Le choix des 3 acteurs principaux méritent les félicitations et le jury de Cannes ne s'y est pas trompé en décernant le prix de la meilleure interprétation féminine à SUZANNE CLEMENT.

Un film à voir si on s'ennuie seul ou après une dispute avec son contraire.

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