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On ne décroche pas 5 "César" de "meilleur" par hasard (court métrage, film, realisation, scénario et scénario original) plus une palme du court métrage (L'Intérieur"). Depuis 1993 le Corse XAVIER GIANNOLI, fils d'un journaliste, n'a pas chomé pour concrétiser ses idées (il est né en 1972)  et pour une fois on ne trouvera rien à redire à sa nomination de "chevalier des arts et lettres" (2010). C'est ce qu'on appelle un homme attachant (si comme moi vous ne le connaissiez pas bien allez écouter son entretien de 1h 1O sur FilmoTv).

L'idée de projet de ce film est parti de la présentation du livre "l'Idole" de SERJE JONCOUR (2004) . Pour ce livre JONCOUR avait obtenu le prix de l'Humour noir en 2005, puis il a enchainé avec d'autres livres et avec un film "Elle s'appelait Sarah" en 2010 qui a été au box office américain comme le 5éme meilleurs films français sorti en Amérique. jONCOUR a aussi animé sur France culture avec d'autres l'anthologie "armure des papous dans la tête" (2007). Après son premier Roman "Vu" (1998), puis "UV" en 2005 (prix France télévision), "l'IDOLE" est l'histoire d'un chomeur confronté à la "pipolisation" née avec la télé réalité abordée sous un angle un peu sociologique. Confrontés " aux furieux incontournables", victime de l'hallucination collective, cet étranger a lui même finit par goûter aux délices de la notoriété et par se délecter de voir les autres "se vidanger le rhésus dans la baignoire" et se plie aux interwiews des questions absurdes. Il finira par disjoncter et perdre pied avec la réalité au point de ne plus accepter de vivre dans la normalité et sombrer dans la solitude qui est le revers de la star-système. Ce livre posait en sous entendu le problème de la célébrité: est-ce un garant du bonheur? La notoriété est-elle un gage de talent? l'Idole est est-elle un statut ephémère et précaire?

GIAGNNOLI, fort de 4 ans de plus d'expérience des méfaits de cette célébrité pré-fabriquée pour satisfaire la mentalité de la société moderne, n'a pas voulu faire une adaptation de "l'idole" qui commencait à dater mais, à partir de l'idée de départ, tracer le parcours inatendu d'un homme qui est soudain confronté à la célébrité sans savoir pourquoi?, faire un film qui au départ devait avoir pour tître "Talk show" et qui s'appellera "SUPERSTAR":" je ne m'en suis pas remis au texte d'origine, j'ai voulu développer une intrigue différente avec de nouveaux personnages pour traiter de la folie du système...Bien au delà de la simple célébrité, c'est la question du "sens" dans le monde d'aujourd'hui que j'ai voulu poser....Pour la première fois un brave type va refuser la célébrité, sa vulgarité, son imposture, son hystérie évenementielle. Et c'est précisément parce qu'il refuse cette vulgarité qu'il va avoir du succés et devenir encore plus célèbre. Cette situation du refus est au fond très angoissante... Une civilisation dit beaucoup sur elle même en désignant ses icônes. De fait, toutes les sociétés humaines ont vécus ce genre de mouvements; la notre est une question médiatique et contemporaine, mais aussi une question anthropologique et primitive: tous les jours ça nous crève les yeux.. tout tourne autour du "Chick list" des faits sulfureux et des scandales... Quels rôles jouent les médias dans nos vies? Je ne crois pas à la foule innocente manipulée par les médias...On vit dans une société complétement déréglée, de plus en plus folle. Nous sommes tous responsables du monde dans lequel on vit; c'est pas seulement la faute au médias. Ca pose la question: qu'est ce que la célébrité aujourd'hui? Le sujet du film c'est notre société avec la célébrité qui est devenue un fourre-tout avec des stars légitimes et des célébrités illégitimes (comme Zahia par ex). Martin est perdu, persécuté par cette célébrité soudaine, innattendue, incompréhensible.

Dans ce film ce qui m'a attiré c'est ce décalage entre la vérité linéaire et la comédie sociale; peut être parce que, comme beaucoup de monde, j'ai peur de devenir ce personnage que la société veut que je devienne. La dignité c'est de refuser le monde tel qu'il est. Tout est fait pour nous empêcher de nous révolter, c'est une nouvelle forme de dictature à quoi nous assistons, une forme d'oppression (médiatique) terrible".

Avant d'écrire le scénario avec sa co-scénariste MARCIA ROMANO, Xavier s'est beaucoup documenté; il a fait, comme il dit, un travail d'énquête sur le fonctionnement de la télévision et du monde des médias. avec les coulisses des émissions où on conditionne les invités, on les "briefe" pour au final les réduire à des figurants, des pantins, des marionnettes qui n'ont pas leur mot à dire et qui doivent simplement se contenter d'applaudir quand on leur lance le signal.

Martin (KAD MERAD) pose la question :" tout ça ca a servi à quoi? et la reponse de l'animateur tombe en un mot:"Divertissant".

Le choix de kAD MERAD est on ne peut plus judicieux non seulement parce qu'il est un ami depuis l'époque où Xavier était à la fac et  stagiaire dans un journal qui lui avait demandé de faire un papier sur le tournage d'une pub pour la campagne contre le sida dans lequel KAD était un simple figurant, mais surtout parce que ce comédien a connu la célébrité sur le tard comme il dit " elle a été progressive; elle m'a rendue modeste, je continue toujours d'apprendre. Il faut savoir rester humble" et Xavier de rajouter " Sa modestie c'est ce qui fait qu'il est une star moderne , respectée".

Le choix de CECILE DE FRANCE pour tenir le role de la journaliste censée protéger Martin est aussi un bon choix.

Côté technique, le réalisateur metteur en scène précise: "j'écris toujours mes films pour les acteurs que je choisis, je leur donne un rôle dans lequel je sais que l'acteur choisi va faire ressortir des choses qui sont en lui pour donner de la profondeur au personnage....Je ne laisse pas au personnage un moment de répit." ce que confirme KAD: " Xavier est un metteur en scène exigeant et bienveillant. Avec lui, on ne se sent jamais seul, en danger, vous avez toujours l'impression de juer juste".

"J'ai voulu ce film à 1000 à l'heure, ne jamais lever le pied. Il fallait donner au spectateur une impression d'emballement, c'est pour moi une autre forme d'expression de l'oppression qui s'excerce sur Martin: la Vitesse. La lumière est un véritable moteur anxiogène, une lumière très contrastée, scintillante et menaçante. Elle apporte un surplus (il y a beaucoup de néons)". Martin est admiré comme une statue superstar qui suscite les passions. La lumière, l'emballement, la vitesse sont aussi des moyens pour montrer la pression qui s'exerce sur Martin sans qu'il sache pourquoi".

Un fim de 1h 52 qui prépare bien la rentrée sociale.

"SOUVENT LA FOULE TRAHIT LE PEUPLE"

Victor HUGO

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