JOE

Après avoir disparu du cinéma depuis 5 ans et plus encore si on remonte à ses derniers Grands succès que sont "French Connection" et "l'exorciste" qui datent des années 70 /80 , on aurait pu croire qu'à 77 ans WILLIAM FRIEDKIN, Le réalisateur de tous les excès, au caractère difficile avait dù prendre sa retraite d'autant qu'il avait eu de gros soucis de santé (4 pontages, pose d'un pacemaker avec défibrilateur, opération du dos, la goutte, le diabète). Mais comme, il dit la science moderne l'a réssucité et après avoir mis en scène des petits opéra, il a repris le chemin des studios après avoir vu une pièce de théâtre du dramaturge TRACY LETTS qui dégagait une atmosphère angoissante en montrant un enfer terrestre avec l'hystérie collective d'une famille de dégénérés (Tracy LETTS a reçu le prix PULITZER du Théâtre en 2008) Comme dit sa mère: "dans les histoires de Tracy tout le monde est nu ou mort" . On comprend que FRIEDKIN ajoute: "avec Tracy nous partageons la même vision du monde et nous sommes davantage fascinés par le côté obscur de la nature humaine que par Mère TERESA".

FRIEDKIN avait eu envie de faire du cinéma après avoir vu "Citizen Kane" mais lui s'est trés vite dirigé vers les films d'action contemporains dans les quels l'atmosphère est angoissante. Au départ Killer Joe est issu d'un fait divers comme on peut en voir souvent dans des séries comme "enquêtes impossibles" animées (en france) par PIERRE BELLEMARE.

C'est Tracy LETTS qui a lui même adapté sa pièce pour le cinéma, puis il a écrit un mémo détaillé qu'il a donné à toute l'équipe de tournage avec qui il a discuté du film:"Nous avons suivi les indications de Tracy à la lettre tant elles constituaient une véritable révélation sur les motivations profondes de ce que nous traitions" dit FRIEDKIN.

Le réalisateur n'aime pas faire plus d'une prise ou deux par séquence sauf incident technique; il dit qu'à ses débuts, comme tout le monde, il faisait beaucoup de prises mais, dit-il, ça n'apportait rien de plus, c'était idiot. Il sait ce qu'il veut obtenir et comment. Une seule caméra, la plus invisible possible, pour offrir aux acteurs une atmosphère qui leur permet de donner le meilleur d'eux mêmes et de se plonger à fond dans leur personnage.

Ce sont les producteurs qui ont exigés que l'on situe l'histoire qui au théâtre était un camping-car dans le Texas, à la Nouvelle Orléans qui reflètait mieux l'ambiance et le ton de l'histoire car elle a des facettes différentes pour le décor. Le film a été tourné en Novembre et décembre 2010.

Freikin et Letts ont fait un film d'horreurs avec des envoléés de fantaisies et d'émotion. Perversion et séduction, meutre et poulet frit; des scènes très dures à regarder (à diriger et à digérer) où il semble que les personnages ne se controlent plus :"c'est à cause de la vulnérabilité de l'esprit humain, leur raison est comme un fil très mince qui peut se rompre à tout moment...ce qui m'interroge c'est tourner la spontanéité, la vie est spontanée...Le personnage de Joe nous offre une sorte de peinture sociale tragique; le film délivre des vérités immuables, même si elles sont génantes. C'est ce qui se passe dans le monde d'aujourd'hui où plus rien ne me choque, nous maitrisons si peu de choses qui raisonnent dans la vie; tous mes personnages cherchent à contrôler leur vie, sans y parvenir".

KILLER JOE est l'histoire d'une famille d'Américains "méchament disfonctionnelle" comme dit Mc CONAUGHEY

Chaque personnage à ses caractéristiques:

Joe (EMILE HIRSH) manque de sens moral, c'est un drogué qui essaie de tuer sa mère, qui prostitue sa soeur et revend de la drogue à son pére; un mec qui n'a pas de chance et qui ne se voit pas malveillant.

Le tueur à gage (MATHEW MC CONAUGHEY) est dans la journée un bon flic qui est bourré de défauts et qui n'a plus de notion de ce peut être une famille; le travail est sa famille, alors quand on lui met dans les pattes une jeune fille comme caution, il trouve cette manière de la prostituer comme un acte abject et veut l'aider à se venger et à se sortir de cette famille. Selon Letts, il ne commet pas les règlements de compte par suffisance mais d'une façon quasi apocalyptique dans l'esprit de l'ancien testament pour donner une leçon aux membres de cette famille.

Dans ce fait divers, Dottie (JUNO TEMPLE) est la petite "cendrillon" des temps modernes, c'est le personnage presque honnête de l'histoire (elle approuve quand même l'idée de faire tuer la mère). Elle ne se considère pas comme une vulgaire prostituée de la famille et pense avoir trouvé son prince charmant en la personne du flic véreux: "on dirait une poupée de porcelaine prise dans le tourbillon de la vioence et de la folie." Elle offre quand même  des scènes sexuellement explicites de femme adulte. Pour l'histoire d'amour à la Cendrillon on repassera.

C'est un film tordu, violent, sans morale mais bien filmé par WILLIAM FRIEDKIN à l'image de l'opéra Trash de TRACY LETTS avec de bons acteurs.

On a compris que c'est pas un film à recommander si on a un esprit fragile. Difficile de le classer dans les Thrillers, disons une histoire infernale dans le monde malsain de l'ignorance et du chaos.

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