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A 65 ans, PATRICE LECONTE, le Monsieur "Touche à tout" du genre comique absurde, revient à ses premiers amours pour le dessin et nous livre un film d'animation sur la dépression et les envies scuicidaires dans la société moderne. L'idée qui a suscité l'envie lui est venue d'un livre de JEAN TEULE de 2007 "LE MAGASIN DES SCUICIDES". Les deux ayant séjournés dans des magazines illustres comme "PILOTES" ou "l'ECHO DES SAVANES". JEAN TEULE s'était d'abord lancé dans la Bande dessinée qu'il considérait être "un art de la distance" avec un réalisme tourmenté pour les images compliquées (souvent des photos retappées par le dessin) avant de fondre dans l'écriture de romans louffoques à partir de 1990. Son livre sur le magasin de la famille Tuvache a été publié en 2007. Il avait tenu à rendre hommage à des scuicidés célèbres en donnant les prénoms à ses personnages: MISHIMA (père) pour l'Ecrivain Japonais qui s'est fait Hara-kiri YUKIO MISHIMA, la Mère à l'empoisonneuse LUCRECE BORGIA et les enfants MARILYN pour MARILYNE MONROE l'actrice, VINCENT VAN GOGH le peintre et ALAN TURING l'inventeur de l'ordinateur qui s'est scuicidé en mangeant sa pomme trempée dans du cyanure.

PATRICE LECONTE avait de son côté intégré les cours de cinéma de l'IDHEC à 20 ans, puis réalisé des cours metrages à partir de 1971 (le laboratoire de l'angoisse", papiers découpés) tout en travaillant pour PILOTE (1970-75) comme auteur -Dessinateur. A partir de 75 il se consacre totalement au cinéma avec un premier long métrage avant de connaitre un grand succès avec " les Bronzés" (1978). Il enchaine avec des suites et des films d'actions en 85, avant de connaître la consécration en 89 avec "MONSIEUR HIRE" (4 Césars dont meilleur film et meilleur réalisateur) jusqu'à son dernier film "Voir la mer" en 2011.

Aujourd'hui il déclare, fièrement, que: " l'animation, pour une fin de carrière, c'est parfait!" (un autre film "Music" est en préparation pour 2015). "L'animation, dit-il, n'est pas naturaliste, on est dans un monde de fantaisie, tout est plus facile; on peut se permettre des trucs qui sont chers dans le cinéma traditionnel et qui là ne coutent pas un rond"..." La seule différence avec le cinéma c'est qu'on ne tourne pas; on écrit le scénario, on choisit les acteurs, on les dirige, on fait le découpage, on les cadre, on les met en scène, on choisit les décors, les costumes, les lumières, on s'occupe du montage; tout ça c'est comme un film normal". On ne s'enquiquine pas avec la météo, c'est cool. Pour ce qui est du choix des acteurs il explique que "la célébrité aurait détournée l'attention du spectateur, il se serait plus penché sur la voix que sur le dessin. Les acteurs sont là pour interpréter de vrais personnages mais leurs voix ne doit pas être trop naturelle car la voix modifie la gestuelle...Pour mon film j'ai donc choisi les acteurs pour leur voix et le talent de chanteur qu'ils avaient. L'animation vient après la finalisation du casting". " J'ai pensé tout de suite que cette Fantaisie devait être musicale. J'avais une vieille envie de faire un film très musical". Ce Film comporte 9 chansons confiées au compositeur ETIENNE PERRUCHON qui donnent un petit air d'opérette avec un ton baroque: " En animation rien n'est réel, sauf les voix des comédiens. Il faut donc utiliser les instruments pour donner à la réalité de la chair dans le son"."Avec la crise qui vous défrise quoi de plus doux qu'une mort esquise", chante me père Tuvache.

On imagine souvent que les films d'animations sont façiles à faire, mais si vous prenez par exemple "le magasin des suicides", il faut d'abord disposer d'un budget de 12 millions d'euros et écrire le scénario (écrit avec JEROME TONNERRE) et confié le story-board pour l'animatique à des ateliers BELGE, CANADIEN (Montreal) et FRANCAIS (Angoulème) pour faire un dessin qui bouge (environ 2 ans de travail) avant de pouvoir le réaliser; soit au total près de 4 ans de travail, musique comprise!.

Comme il le précise lui même: "le film d'animation vous enmène ailleurs, c'est une transposition du réel qui n'est ni une apologie, ni une moquerie du scuicide". Décrivant l'humour Noir, ANDRE BRETON disait: " l'Humour noir est borné par trops de choses, telles que: la bêtise, l'ironie sceptique, la plaisanterie sans gravité et d'une sorte de fantaisie à court terme qu'il est par excellence l'ennemi mortel de la sentimentalité, perpétuellement aux abois- la sentimentalité toujours sur fond bleu- ...C'est un commerce intellectuel de haut luxe. Il porte un coup au coeur de l'ordre moral que l'on sera bien en peine pour lui trouver une parade...C'est un poison délectable dont le comique est l'émanation de l'explosion.....Le cinéma, dans la mesure où, non seulement comme la poésie, il représente les situations successives de la vie, dans la mesure où pour émouvoir il est condamné à pencher vers des solutions extrêmes, se devait de rencontrer l'humour presque d'emblée".(Anthologie de l'humour noir).

C'est ce qui justifie le choix de Patrice Le Conte qui dans son adaptation a quand même transformé la fin de l'histoire imaginée par TEULE en fin heureuse: "J'ai essayé de donner la naissance d'un anormal joyeux qui déborde de joie et de vie pour biser le train-train . C'est ce qui constitue la trâme du film. Moi qui ne suis pas allé au dela du canabis, je me suis dis qu'un shoot à l'héro ça devait ressembler à ça".

Comme l'a dit si bien un critique "le magasin des scuicides c'est "une odde à la vie pleine de morts".

 

"J'ai été plus d'une fois victime de ces crises et de ces élans, qui nous autorisent à croire que des démons

malicieux se glissent en nous et nous font accomplir, à notre insu, leurs plus absurdes volontés.

Un matin, je m'étais levé, maussade, triste, fatigué d'oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire

quelque chose de grand, une action d'éclat; et j'ouvris la fenêtre, hélas!"

-CHARLES BAUDELAIRE-