&' juillet 1Une amie blogueuse me démandait, l'autre jour, de lui dire comment je concevais le Nouveau cinéma. Avec "la fille du 14 juillet" je pense tenir un exemple de ce que peut être le genre comédie qui sort des traditionnelles comédies lisses et sans saveur de ces derniers temps en France. Dans ce premier long métrage d'ANTONIN PERETJATKO qui a été un touche à tout du cinéma (image, son et court métrage) on retrouve d'abord ce sens de l'humour cher à Sollers qui disait que c'était " un symptome critique révolutionnaire" et non plus un instrument de simple échange hypocrite des gens sans humour.

Comme le rappelle le réalisateur, ce n'est en rien un film d'improvisation où on laisse carte blanche à des acteurs de renom pour assurer le service.: "c'est écrit à la virgule près, je ne parts jamais en tournage sans un découpage précis, avec des repérages de décors et les plans du sol pour positionner les caméras. Cela pour pas perdre trop de temps".

Le reste c'est des choix techniques comme par exemple ici tourner en 16 mm pour l'économie et l'esthétique avec un tournage en 21 ou 23 images/s qui influe sur les mouvements mais aussi qui accélère le son en donnant volontairement une impression post-synchro suivant qu'il corrige ou pas au mixage. Volonté aussi de garder les faux raccords : " je cherche que ça ripe un peu à chaque fois qu'on passe d'un plan à un autre afin d'éviter les raccords parfaits...Je ne veux rien perdre de cette malfaçon due aux finitions".

 C'était pour son premier long métrage une façon, pour lui, de poser ses postulats esthétiques en laissant croire qu'il se fout carrément de tout, alors que déja de traiter d'une histoire dans le contexte de la crise que la France traverse avec en fond de décor ce gouvernement qui dit en permanence vouloir remettre la France au boulot et lui avec son humour qui  nous fait vivre cette france profonde qui avec ses petites routes et cette modernité bidon des villages de terroir  lance avec sa compagnie de joyeux drilles fauchés " c'est la crise partons en vacances!", tout cela montre que la fiction n'est pas loin de la réalité. C'est aussi ce qu'on ressent quand on leur apprend que les vacances ont été écourtées d'un mois, cela ne suscite pas de rébellion....(huguette s'est fait jeter d'une agence d'intérim; pas de boulot, pas d'appart, autant, se dit-elle, partir en vacances!)

PERETJATKO qui révait enfant d'être magicien s'est aguéri à l'école du cinéma LOUIS LUMIERE : " je ne voulais pas réaliser un film sans connaitre la prise de son,le montage..."

Malgré un budget plus que maigrichon (750 000€) il a montré qu'il était un perfectionniste qui ne laisse rien au hasard. Il semble avoir retenu la leçon de François Truffaut qui disait que " la poésie nait d'une somme d'accords imparfaits entre l'image et les mots, les bruits et la musique".

Les personnages qui anniment cette road movie loufoque, pour fuir quelques jours la morosité ambiante et la mélancolie du quotien, ne doivent rien au hasard non plus: prenez le faux médecin escroc qui quand on lui demande s'il est réellement médecin répond:" de moins en moins", hector cet étudiant fauché comme les blés ( il vient de se faire piquer pour exercice illégal de la médecine) qui travaille comme gardien au louvre. Comme il dit dans le film:" derrière chaque vérité il y a une autre vérité". Et tout cela dit avec avec de belles tranches de rigolades ( comme la soirée diapos).

On saluera aussi la bonne prestation de VIRMALA PONS (truquette) et le comique de VINCENT MACAIGNE (Pator).

Comme l'a écrit un critique du "Monde": "Amateurs à l'image léchée et au montage raccord, passez votre chemin" c'est vrai que cette sorte d'ovni de la liberté cinématographique n'est pas un objet commercial pour faire des profits à tout prix.

Mais même si c'est pas un film  "oscarisable", je pense que cette initiative pour renouveller le genre comédie comique à la française mérite d'être encouragée; rires et bonne humeur assurés.

Durée du film: 1 h 28.

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