FAOUZI B

On n'a pas souvent l'occasion de découvrir le cinéma Marocain. FAOUZI BENSAÏD nous offre avec son 3iéme film de quoi apprécier ce cinéma autre:" J'ai écrit cette histoire dans et pour TETOUAN (ville portuaire au nord du Maroc). J'ai filmé avec mes émotions, mes états d'âme et mes ressentis lors de ma 2ième rencontre avec cette ville ( son premier film était sur la pauvreté rurale, le second sur la grande ville de CASABLANCA). De manière générale je filme les espaces presque comme je film les acteurs. Il ne s'agit pas de simple toile de fond, je cherche le moment miraculeux où quelque chose de fort se produit: la situation, l'émotion, la lumière et l'espace. Tous les lieux ont une âme, une mémoire, une histoire faite de bonheurs et de malheurs que l'on sent en les parcourant, en les vivant. Il faut savoir écouter les espaces, ils racontent beaucoup de choses qui changent avec les différents moments de la journée... Je vois le cinéma comme un art total qui peut être aussi fort sinon plus que la photographie ou la peinture qui elles s'emparent d'un lieu, d'un élément: une rue, un ciel, une montagne et en font une merveille".

De fait, FAOUZI réalise des films qui, comme il dit, échappent aux règles d'ARISTOTE:" c'est le chaos qui m'interesse dans l'intime comme dans la société, mes films brassent beaucoup de genres, les mélange librement, pareil pour la mise en scène. J'aspire à une cohérence et j'espère que mes propositions la favorise comme le fond crée un monde qui  rend mes films harmonieux. Si le monde crée sa propre logique, tout dans mes films se fond dans une même direction, une même atmosphère pour que le spectateur accepte et adhère à une proposition qui tient debout."

Côté technique et mise en scène c'est tout aussi clair dans sa tête: " pour moi la comédie musicale fut une chose esthétique avec la chorégraphie des corps qui faisait du cinéma un art total. Depuis, je chorégraphie tout dans mes films: les scènes, les poursuites, un homme qui ouvre la porte pour rentrer chez lui, ses gestes anodins....La précision du geste, du déplacement; les scènes sont quand mêmes ressenties et ne relèvent pas d'une chorégraphie mécanique ou cérébrale. Je cherche à insuffler la vie à l'intérieur de tout ça, aidé par le travail des acteurs et du metteur en scène. Tout est histoire de musique et de rythme; quand la caméra fait seule un mouvement et se détache de l'ensemble, c'est pour moi comme un solo de violon dans un orchestre...Je joue avec les gammes des différents films noirs, thriller, romantique - social . .. L'obligation " contractuelle" des films de raconter une histoire appauvrie le cinéma".

L'histoire de ce 3ème film se passe dans la ville marocaine fière de son passé mais où le présent est fait aussi du trafic et de violences écartelée entre la vie occidentale et ses valeurs ancestrales dans laquelle les gens ordinaires ont leur destin comme étouffé par le système politique, économique et religieux. Comme le dit FAOUZI " la famille est démissionnaire", l'Etat disparaît au profit du marché, l'école n'a plus les moyens, la politique est politicienne et n'est plus portée par un idéal. Les extrêmes restent l'unique réponse car elle est simple, manichéenne, convaincante".

"Mort à vendre" met en scène trois marocains: SOUFIANE -18 ans- un lycéen qui veut se venger de la société en tuant le propriétaire d'une bijouterie qui est chrétien. Malik-26 ans- prêt a tout pour trouver l'argent qui lui permettra de sortir sa bien aimée de la prostitution et ALLAL -30 ans- qui veut devenir un grand ponte de la drogue. Ces trois petits pickpockets veulent ainsi changer leur vie sans se rendre compte qu'ils n'ont pas la carrure pour ça. Lâcheté, courage et croyance vont vite les diviser et rendre leur désir impossible avant que la mort les séparent définitivement.

Ce film tourné en 2011 a déjà été récompensé et mérite d'être vu pour sa nouveauté et sa singularité chorégraphique.

Durée du film 1h 57.

mort a vendre

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