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Beaucoup vont découvrir un cinéaste hors norme en la personne de ALEJANDRO JODOROWSKI né il y a 84 ans et qui depuis 23 ans rongeait son frein faute de trouver des financeurs pour faire un film qui au départ devait être un policier et qui aujourd'hui se révèle être une sorte de testament qui rend hommage à ses parents. La vie de ce CHILIEN français a été à l'image de son enfance juif ukrainien au chili des années 30 entre un père un peu fou, admiratif de STALINE et une mère dépressive qui ne parle qu'à travers des airs d'opéra; on comprend que le jeune Alejandro se réfugie dans un premier temps dans la poésie et dans le théâtre de mime pour ensuite faire le clown de cirque avant de fonder son théâtre MUNICO en 1947. Au début des années 50 il s'installe en France et commence à réaliser des courts métrage pour devenir, 10 ans plus tard, un artiste de PERFORMANCE ( Paris). Comme il est aussi un touche à tout, il se lance dans la BD (ANNIBAL 5) en 1966 et l'année suivant dans son premier long métrage surréaliste qui fera scandale au Mexique et sera interdit. Après avoir réalisé " ACIDE OUEST DE EL TOPO (1970) JOHN LENNON lui offre 1 million de dollars pour financer SANTO MONTAGNE qui sortira en 1973. Jamais rassasier il se lance dans l'exploration de l'ésotérisme occidental et du tarot de Marseille. Considéré comme un cinéaste Underground (terme qui s'ignifie "sous terre" qui est une culture alternative au cinéma classique, hors des circuits commerciaux traditionnels, considéré comme d'avant-garde et expérimental) il a de plus en plus de mal à trouver des financements et se tourne vers les conférences avec son système spirituel basé sur la Psychomagie, l'alchimie, le tarot, le chamanisme et le bouddhisme.

Pour financer sa dernière création cinématographique, il a pensé tout d'abord à collecter des fonds via internet, mais les 900 donateurs n'étaient pas suffisant, il s'est tourné alors, à contre coeur, vers les producteurs. Ayant trouvé une âme charitable, il a remboursé les 900 bienfaiteurs et les a nommément cités dans son générique. Ce film a ainsi pu être présenté à la quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2013, 23 ans après "le voleur d'arc en ciel".

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Vous l'avez compris c'est un cinéaste inclassable, un poète surréaliste qui mèle la magie et sa psychomagie au cinéma burlesque de foire. Avec lui rien n'est impossible, il suffit de jeter des cailloux sur la mer pour assister à une pluie de sardines que les mouettes se disputeront. La Danza relève encore de son idée de psychomagie:" Redéfinir la réalité pour guérir l'âme". Dans ce film, il bouscule en effet la réalité avec tendresse :"je réalise les rêves de mes parents et mon propre rêve de les réunir à nouveau et créer une famille". Comme il est dit dans le film, pour trouver le sens de sa vie, il faut commencer par séparer son "moi" de ses illusions. Alejandro a passé sa vie à chercher, à travers le sentier de ses oeuvres surréalistes, le sens de sa vie; mais peut être, comme l'a dit un autre poète, qu'il partira avec le sentiment de ne pas avoir tout dit?

La Danza de la réalidad ne déroge pas à sa volonté de surprendre le spectateur tout en lui contant une histoire poétique avec des décors aux couleurs vives (Rouge, jaune, bleu...) qui se détachent des fonds montagneux qui ont, eux, le gris des mines de crayon. Les personnages sont tous plus ou moins loufoques (sauf le gamin). La première partie est celle du Cirque TOCOPILLA du nom de la ville du Chili de son enfance (Il fera reconstruire le magasin de ses parents et aidera à donner un petit coup de main à la modernisation de la ville). La deuxième partie est un peu plus réaliste. Le père part avec l'idée de tuer le général Dictateur (Staline?) mais ne trouvera jamais le courage de passer à l'acte. Cependant après cette traversée du désert il reviendra transformé comme un vrai petit père du peuple pour sa famille..

Son film raconte son voyage à l'intérieur de soi en utilisant des images allégoriques pour reconstruire son enfance, son évolution et son passé dans un pays soumis au caprices d'un tyran militaire. Il ne fait aucune complaisance, tous ses personnages sont des symboles et pas seulement des éléments esthétiques. Il grandit entre un père matérialiste et une mère artistiquement marquée par la spiritualité. Pour comprendre ce film il faut, à chaque instant, aller au delà  de la représentation visuelle qui nous est présentée. Le fils d'alejandro dont il conte les souvenirs est guidé par une voix (une sorte de chaman) qui le rassure :" toi et moi nous aurons été qu'une illusion, jamais la saine réalité; donnes toi l'illusion :vis!...Réjouis-toi de tes chagrins". Il lui apprend à tirer parti de tout, de la solitude pour aller au delà de ses limites et dissoudre cette obscurité envahissante. C'est à ce prix qu'on arrive à regarder ce qui se passe vraiment, à en tirer les leçons et grandir."

 Jodorowski semble avoir entendu la voix de la sagesse et avoir mis entre parenthèse sa vie chaotique et contreversée d'artiste de la démesure.

Son dernier (?) film mérite qu'on lui porte une attention soutenue car il est là aussi pour réveiller les consciences artistiques des futurs réalisateurs.

Durée du film 2h 10

danse avec la reaité

 

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