repas

 

Voilà encore un film du cinéma indépendant américain qui ne devrait pas passer inaperçu en cette période de fête.

 

chandor

Le jeune réalisateur J.C CHANDOR confirme avec ce troisième long métrage un talent prometteur et certains critiques américains l'annoncent déjà comme le digne successeur de SYDNEY LUMET!

CHANDOR, comme beaucoup, a débuté sa carrière dans le documentaire et la publicité. Son premier projet de long métrage était tombé à l'eau  une semaine avant le démarrage du tournage, lâché par son investisseur en mettant en péril le peu d'économie qu'il avait. Alors qu'il y avait de quoi vous dégoûter de continuer, Chandor s'est lancé dans un autre projet "MARGIN CALL" avec 3 petits millions de dollars en poche.Il filme la veille du Crash boursier les conséquences  humaines et morales d'une catastrophe provoquée par les requins (traders). En plus d'une critique élogieuse, Chandor a reçu l'oscar du meilleur scénario 2012. Il poursuit en prenant le contre pied de son premier film et narre la mésaventure d'un naufragé (ROBERT REDFORD)au milieu de l'océan infecté de requins("ALL IS LOST"). Cette fois, il avait disposé de 9 millions de dollars. Ce fut la confirmation du talent de ce cinéaste indépendant qui se démarque des succès faciles avec un film plus visuel que narratif.

 

most

 

Avec "A MOST VIOLENT YEAR"(Une année la plus violente),il a donc pu travailler avec un budget de 19 millions de dollars:" j'ai été élevé à une époque où les croyances étaient bien établies avec une certaine innocence vis à vis de nos valeurs.Puis les choses ont changées, le système de croyances aussi (La guerre du vietnam, Watergate, scandales politiques...)Derrière la propagande et les faits héroïques, il y avait toute la zone grise dont on nous parlait jamais... Avec le personnage d'ABEL MORALES (OSCAR ISSAC)j'ai eu envie de m'intéresser à l'individualisme forcené et au besoin d'autonomie financière. Je crois profondément que pour réussir aux Etats Unis, il y a des choses que l'on peut faire et d'autres pas".

Morales est un homme d'affaire (transporteur de pétrole) immigré qui rêve avec sa femme d'appartenir à la société capitaliste américaine pour mener la grande vie. Oui mais voilà, on est en 1981, et New-York est rongée par la criminalité et la corruption. Malgré ce, Morales décide de continuer dans cette tourmente et d'assumer les revers financiers,les problèmes physiques et familiaux sans se laisser abattre, ni employer une méthode qui porte atteinte à ce qui lui reste de sa morale malgré 16 procès sur le dos: "Si on refuse de sauter les obstacles, on fait du sur place toute sa vie" dit Morales.

 

Pour autopsier les conséquences humaines que la crise des requins engendre le réalisateur a choisi de recréer un décor d'époque (les photosd'archives ne manquent pas)avec New-York dans le froid et la neige, la vapeur qui sort des bouches d'aération, les gens qui déambulent les mains dans les poches et la tête rentrée dans les épaules. Son personnage principal se doit de rester calme dans ce milieu infecté de requins, où la violence est à tous les coins de rue, malgré une série de revers qui mettent à mal son rève de roi du pétrole.La question est: dans un tel contexte, peut-on espérer se reconstruire seul?

 

valise

 

Côté scénario et dialogue, il a mené son affaire avec beaucoup de rigueur, en prenant exemple sur Sydney LUMET et Brian De PALMA qui triomphaient dans les années 70/80. Ajoutez une mise en scène toute aussi soignée et des acteurs qui font une interprétation irréprochable avec JESSICA CHASTAIN ,OSCAR ISAAC  et ALBERT BROOKS. Compositeur : ALEX EBERT

Chandor a insisté pour garder une dimension humaine au récit avec des personnes qui n'apparaissent pas comme invulnérables dans ce monde impitoyable.Le contexte politique est d'actualité avec un gouverneur en campagne et des discussions qui divisent sur l'autorisation ou pas des armes; les arrangements des affaires font l'objet de compromis et de compromissions, d'arrangements juridique.... Après, comme le reconnaît Morales devant sa femme qui n'est pas loin de craquer:" Il faut pouvoir regarder la personne dans les yeux et lui dire la vérité!".

Ce film est distant du polar même si les coups de feu ne manquent pas, ni les courses poursuites; c'est avant tout le parcours d'un immigré devenu un homme d'affaire respectable mais qui ambitionne de devenir toujours plus riche et qui continue de croire au rêve américain alors que l'on voit la ville qui s'enfonce dans le trou noir de la crise. Certains l'ont trouvés un peu trop moraliste?

Durée du Film 2 heures 05.

 

garage

 

*