60 ans

 

Il y a des semaines où on trouve des films pour toutes les tranches d'ages. Après les ados en voici un pour les vieux de la vieille où si vous préférez pour la génération des jeunes retraités de l'après guerre et mercredi on s'intéressera au GU-GUS des tout petits.

camera

ROMAIN GOUPIL fait parti des réalisateurs du cinéma indépendant engagé qui, à l'heure de la retraite, décident de faire à leur manière leur propre biographie en mêlant le passé et le présent quand on prend conscience que le temps du vécu devient plus grand que ce qui reste à vivre et qu'on se remémore des moments de vie anciens: "c'est ce jour là qu'on devient vieux et on se languit le jour suivant jusqu'au jour venu où tout s'arrête".

Les GOUPIL habitent la cité parisienne des artistes depuis trois générations. Le grand père était "chansonnier" et la grand-mère une danseuse du Moulin Rouge devenue comédienne spécialisée dans l'imitation de la voix des perroquets. Le père a travaillé dans le cinéma (chef opérateur) et militait à gauche. A 40 ans il a tout plaqué pour se retirer vivre en Bretagne. ROMAIN est né en 1951 et à 16 ans il se fait exclure du lycée pour avoir mené une activité politique (une grève) avec les trotskistes du JCR. Les parents le soutiennent encore lorsque en mai 68 il devient un des leaders étudiants qui veulent renverser l'ordre établi à la tête du "comité des lycéens". Adulte il se tourne vers le métier du cinéma :assistant opérateur, assistant réalisateur (POLANSKI , GODARD,..). Sa carrière de réalisateur débute avec la "caméra d'or" du premier film, puis un César pour "Mourir à trente ans" consacré à son amis de la LCR qui s'est suicidé en 70. Le reste de sa carrière il alternera les longs et courts métrages avec des documentaires et l'écriture de livres. Politiquement, il évolue vers le néo conservatisme (le cercle de l'oratoire) en soutenant l'intervention militaire américaine contre SADDAM en Irak. Il a rencontré sa femme à SARAJEVO en 1992 avec qui il aura deux enfants. "LES JOURS VENUS" est son dernier long métrage, faute d'avoir pu réaliser le projet qu'il avait en tête d'un cinéaste qui dès qu'il pose sa caméra quelque part déclenche une catastrophe:"le cinéma peut-il changer le monde. Est-ce la faute du cinéaste ou a-t-il de la chance?"... "je n'ai pas cherché à faire un film nostalgique car je ne pense pas que c'était mieux avant, comme on l'entend trop souvent. Avant quoi? La guerre d'Algérie, le mur de Berlin, la grippe espagnole? Quand les femmes n'avaient pas le droit de vote? Quand l'avortement était interdit?

 

dans les bois

 

Je trouve qu'on vit une époque tout à fait extraordinaire et privilégiée. Que je ne sois pas inquiet pour ma fille qui a la rougeole, pas inquiet pour l'eau qui est potable, pour la nourriture....Ce sont déjà des privilèges complètement déments. On sort de 70 ans de paix. J'aurai pu naître au Mozambique. On a construit l'Europe alors que dans ma jeunesse on traitait les allemands de "frisés"". Quand on l'entend dire ça, on a du mal à  se rappeler ce même Goupil qui pestait contre la création des "restos du coeur" de Coluche après avoir fait les barricades étudiantes et mené des commandos contre les CRS!.Comme dit son fils dans le film :jeune il disait qu'il fallait se révolter et là maintenant, Vieux, il dit qu'il faut tout accepter".

productrice

Aujourd'hui son discours se résume à: "AMUSONS-NOUS, ça passe trop vite!". pour se faire, il a saucissonné son histoire de 60 ans de vie en 10 morceaux choisis à compté du jour où il a reçu une lettre de pôle emploi l'invitant à faire le calcul de ses points retraites alors qu'il vient de renoncer à son projet de film catastrophe qu'il avait titré :"la défaite dépasse toutes nos espérances", quand sa productrice (NOEMIE LOVOSKY) dit qu'elle ne comprend pas où est le fil conducteur et que ces enfants qui l'entendent râler lui disent qu'il est "vieux" :"Trotskiste un jour, tyran toujours". Avec sa banquière (VALERIA BRUNI TEDESCHI) il évoque le moment où ils ont échangés sur le pouvoir du cinéma de faire évoluer les choses et où on lui reproche de ne pas s'être engagé sur le conflit syrien avant de l'interroger sur le processus de création. Autre moment avec la jeune Marie (MARINA HANDS) qui lui avoue n'aimer que les hommes mariés plus vieux qu'elle et où il répond "on peut toujours rêver". Avec Sanda sa femme, c'est le moment de tendresse et de nostalgie:"Ne recommence pas, on ne peut pas dire ce qu'est le bien mais on peut tomber tous d'accord sur ce qu'est le mal" (Dixit sa femme).

bureau

Il va ainsi passer en revue ce qu'il estime avoir été les moments forts de sa vie et les problèmes qui se présentent aujourd'hui avec la nécessité de s'occuper de ses parents avant de finir par mettre en scène son propre enterrement le jour venu en se plaignant qu'il n'y a pas assez d'émotion de la part de ceux qui ont été conviés à cette cérémonie ultime.

la famille

Pour donner le plus de crédibilité à son autobiographie il a fait appel à beaucoup de membres de sa famille pour tenir leur propre rôle et à ses proches amis.Il fait preuve d'humour et d'autodérision pour garder à ce film le caractère de la comédie et non du document même si tout au long du film il a ressorti des vieilles vidéo, des morceaux d'actu anciennes, de films: "On a visionné 62 heures de films, de souvenirs et de guerre, cet endroit où tu peux nourrir à n'importe quel instant" qui est aussi une façon de faire un pied de nez à la mort qui l'attendra le jour venu: "Amusons-nous,ouach, ça passe trop vite!"

Durée du film :1 H 25

 

banquiere

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