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Pourquoi refaire un classique aujourd'hui? C'est la première question  qui vient à l'esprit en apprenant la sortie d'une cinquième version cinéma du roman d'OCTAVE MIRBEAU publié en 1900 (1ère version Russe en 1916, 2 JEAN RENOIR 1946, 3 version Anglo-Américaine années 50, 4 LUIS BUNUEL 1964 avec JEANNE MOREAU et MICHEL PICCOLI et aujourd'hui BENOIT JACQUOT) sans parler de la multitude d'adaptations au Théâtre dans divers pays du monde. Cette réactivation revient en fait à avaliser la justesse du thème idéologique du roman qui donne à penser que c'est toujours d'actualité à travers un film qui joue un peu comme un miroir de la nature humaine dans notre société post-moderne, sans chercher à la sortir de son histoire originelle, mais en lui donnant un effet de transparence. C'est un des rôles du cinéma grand public que d'aider à appréhender la réalité de notre monde d'aujourd'hui à travers des films dont les sujets restent universel comme c'est , hélas, le cas pour le "Journal d'une femme de chambre".

 

croquis

 

Un mot pour commencer sur le roman lui même. La France qui compte 73 millions d'habitants est le deuxième grand empire colonial derrière le Royaume uni. 58% des habitants vivent à la campagne. C'est surtout la belle époque pour les riches industriels et la bourgeoisie avec le soutien actif de l'église. Paris, après le Boulangisme et l'affaire Dreyfus, semble vouloir se tourner vers l'avenir avec l'organisation des jeux olympiques d'été et l'exposition Universelle de fin d'année. On comprend que la parution sous forme de feuilleton dans un grand journal du roman de Gustave Mirbeau ne soit pas du goût de tout le monde dans la sphère des "honnêtes gens"surtout quand ils lisent: "Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens" et pour cause dans ce journal une des nombreuses servantes, femme de chambre au service de la société bourgeoise dénonce rien moins que la turpitude des gens de la haute dont certains sont devenus riches grâce à la "filouterie" de leurs parents qui font des gens de maisons des esclaves des temps modernes surexploités et humiliés jusqu'à en faire pour les servantes des travailleuses sexuelles à domicile. Célestine décrit dans son journal intime les dessous nauséabonds de ce beau monde.

 

soldats

 

Mirbeau ne cache pas à ses lecteurs que le travail de servante est une situation hybride; la servante mise à l'écart du peuple devient parfois de manière volontaire la maîtresse de son employeur sans pour autant être considérée dans le milieu bourgeois  et devient une maîtresse qui maltraite à son tour les autres servantes; d'autres deviennent la maîtresse du jardinier qui arrondit ses fins de mois en détournant une partie de  l'argenterie de la maison après avoir lui même violé et tué une jeune fille. Bref, derrière le lustre de la belle vie se cache un quotidien sordide et vulgaire que dénonce cette femme de chambre dans son journal.

 

jardinier

 

BENOIT JACQUOT s'est intéressé à ce sujet qui lui permettait de traiter à nouveau deux sujets qui lui tiennent à coeur et qui sont toujours d'actualité: la discrimination faite aux femmes et l'antisémitisme. Pour le premier sujet il a fait de la femme de chambre (LEA SEYDOUX) le personnage central et pour le second sujet il a retenu VINCENT LINDON qui incarne un jardinier violemment antisémite : "L'antisémitisme remonte tout autant à l'époque de GEORGES BOULANGER, EDOUARD DRUMONT et MAURICE BARRES et s'est cristallisé au moment de l'affaire DREYFUS qui est à un an près celle ou se déroule l'histoire du film. Ce qui s'est passé à ce moment là a déterminé ce que nous vivons encore aujourd'hui, la ségrégation de classe, de race, de sexe."

 

employeur s

 

Il a construit son film comme une succession de petites histoires qui ont chacune leur morale en essayant de faire un film d'époque le plus moderne possible: "j'essaie de nationaliser une langue qui n'est plus tout à fait la notre; j'essaie de la rendre contemporaine tout en respectant les tournures de l'époque du roman afin de donner l'impression qu'elles sont d'aujourd'hui. J'ai travaillé pareillement les costumes pour qu'ils correspondent à la période représentée mais en les portant et les manipulant comme des vêtements actuels.... J'ai accompagné les acteurs principaux avec des acteurs de théâtre qui sont formés et qui maîtrisent la technique où il faut jouer avec les limites, ne pas être sur la réserve mais ne pas non plus dépasser la ligne au delà de laquelle on n'est plus crédible".

 

maquerelle

 

Pour LEA SEYDOUX la femme de chambre qu'elle incarne "est une personne pragmatique, en permanence dans la survie. C'est une femme intelligente qui exploite ses patrons autant qu'elle est exploitée par eux au lieu de tomber dans la victimisation. Sa condition fait qu'elle s'est vraiment endurcie et désire changer de condition sociale".

Durée du film: 1h 35

 

proces

 

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