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Le cinéma étranger renferme parfois de grosses surprises au niveau créatif. Cette semaine,"JAUJA" est le genre de film qui ne laisse pas indifférent mais qui tout autant divise les spectateurs et la critique. Magré son passage à Cannes l'an dernier, il est peu probable qu'on le retrouve dans un grand nombre de salles de cinéma qui n'apprécient un film qu' au nombre d'entrées pendant plusieurs semaines.

lis alo

LISANDRO ALFONSO, cet argentin de 40 balais, est un réalisateur qui ne fait pas dans le classique habituel. Il a d'abord étudié à l'université du cinéma, puis  à 20 ans il est devenu assistant réalisateur avant de co-réaliser des courts métrages et monter sa propre maison de production 4 L. En 2001, il tourne son premier long métrage "Libertad" sur la vie d'un bûcheron. A partir de là, tous les 2 / 3 ans il sort un nouveau film: "Los Muertos" 2004, "Fantasma" 2006, "Liverpool" 2009 avec à chaque fois des hommes qui tentent de réparer les erreurs de leurs vie passée.

LUNETTE

Pour le petit dernier "JAUJA", présenté l'an passé à Cannes (Un certain regard), c'est parti de l'assassinat d'une de ses amies :"J'ai commencé à penser à ce projet en accordant peu de place aux mots et à mon propre désir. Étrangement, j'ai senti que ce travail a pris une tournure cruelle comme pour m'aider à penser le monde avec le temps que nous habitons et ce dont nous disposons pour inexplicablement y revenir par des voies mystérieuses". Pour finaliser son projet il a fait appel à la mythologie de JAUJA une ville disparue qui jadis était soit disant une terre d'abondance et de bonheur (elle fait partie du Folklore INCA). Depuis des siècles les expéditions se sont succédées, en vain, pour retrouver ce lieu mythique au fin fond de la Patagonie. Lisandro a retenue un épisode qui s'est déroulé en 1882 quand la jeune Argentine s'est lancée à la "conquête du désert" avec la ferme décision d'exterminer toute la population indigène qui habitait ce territoire convoité pour coloniser JAUJA. Il a pris pour personnage central un ingénieur Danois père d'une fille de 15 ans qui accepte de travailler pour l'armée d'Argentine avec le grade de capitaine lors de cette expédition en Patagonie. Comme je vous ai dit, la notion de Western est relative car Alfonso à fait appel à son ami poète - journaliste FABIAN CASAS pour peaufiner son scénario en le faisant basculer dans le rêve, le cauchemars et le fantastique afin qu'il devienne un récit poétique fictionnel. Côté technique il a opté pour un format image ancien, presque carré avec les bords arrondis format 1,33, en délaissant le 6/9 numérique, ce qui transforme beaucoup de scènes de paysage en une succession de tableaux et en fait aussi un film contemplatif avec la lenteur de certains réalisateur créateurs de renoms et une mise en scène épurée à la limite du minimalisme.

AMOUR

Au départ l'histoire semble simple, c'est celle d'un militaire Danois qui a emmené avec lui sa fille (la seule femme au milieu de ce champ de bataille en plein génocide colonial). Convoitée par tous les hommes, elle finit par se laisser séduire par un simple soldat et s'enfuie avec lui en pleine nuit dans le territoire désertique des indigènes qui se défendent à corps perdu sous la conduite de Zuluaga un déserteur fou pour ne pas laisser disparaître JAUJA. Le western prend alors une toute autre allure avec ce père qui se lance seul avec son cheval et son sabre dans le désert pour retrouver sa fille chérie. A partir de là, le film bascule avec ce paysage qui a des coins marécageux, des vastes étendues de désert lunaire et sauvage. Ça devient une sorte de cauchemar réveillé avec un père qui n'est pas loin de basculer dans la folie et qui a perdu ses repères. Il est désemparé, ce sont des morceaux de souvenirs qui sont des éléments et des objets qui ont à voir avec sa fille qu'il découvre. Un chien apparaît et l'obsède (il fait penser au "chien andalou" qui hurle :"qui donc est mort?"). Difficile de faire la part de la réalité et du vrai faux rêve. Qui est cette vieille femme qu'il trouve réfugiée dans une grotte (jouée par GHITA NORBY)? pourquoi ce père est-il hanté par ce chien? Il faudra patienter jusqu'au final pour comprendre où on est et ce qui se passe. Jauja est la version sud américaine de l'Atlantide. Le génocide a bien eu lieu, lui.  Souvenez vous de ce qui est dit:"Dans le désert il faut être solidaire c'est une vie étrange", une vie de famille est impossible et ça n'a rien de la terre où on trouvera l'abondance et le bonheur, c'est seulement un endroit de repentance hors de la réalté.

MORTENSEN

A travers cette création, ALFONSO s'interroge sur l'ensemble de la réalité et les limites de la fiction au cinéma qui reste énigmatique, sur quelle notion de temps et d'espace demeure dans une fiction comme celle -là où le personnage semble prisonnier d'un temps imaginaire? C'est quoi un film normal ? a-t-on le droit de ne pas se plier aux normes traditionnelles et de mêler poésie et surréalisme? de mélanger les époque de changer d'époque et de lieu pour faire de Jauja les souvenirs de la repentance d'un père qui s'est rendu malade à cause de la fille unique qu'il chérissait dans son manoirs Danois avant d'aller se perdre en Patagonie pour massacrer des milliers d'indigènes baptisés "tête de coco".

INDIGENE

Le choix des acteurs est dans la logique des choses avec VIGO MORTENSEN pour le personnage du Capitaine Danois GUNNAR , VILLBJORK MALLING AGGER pour celui de sa fille Ingeborg, ESTEBAN BIGIARDI le soldat Brian... mais presque ce qui nous surprendrait serait d'apprendre que ce film Argentin et Danois a été co-produit aussi par la France, l'Amérique, le Mexique, l'Allemagne et le Brésil !

LORGENETTE

J'espère qu'après toutes mes mises en garde les visiteurs de ce blog iront voir avec curiosité et envie ce film étrange qui demande beaucoup de patience en étant prèt à s'attendre à tout avec cette sorte d'OVNI du cinéma de création.

Durée du film: 1 H 50

sous les étoiles

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