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ROLAND JOFFE , ce réalisateur britannique de 71 ans, montre que lorsqu'on se rate avec un film, il est possible, après réflexion, de corriger le montage et de le représenter si on pense que le sujet traité en vaut la peine et que l'erreur ne relève pas du bas niveau de la réalisation. La première version du "Prix du sang" était sortie en 2011 et avait été un échec public. Son idée avait été de mettre en avant la personne de JOSE MARIA ESCRIVA, prête Espagnol né en 1902, fondateur de l' OPUS DEI (1928), Franquiste convaincu pendant la guère civile Espagnole, qui voulait que croyants et laïcs abordent une autre façon de vivre l'évangile avec une fidélité sans faille  avec la doctrine catholique qui sanctifie au passage le travail, la soumission de la femme au foyer... Escrivas trouvait même que le sang versé en Espagne pendant la répression du franquisme et celle plus tard au Chili par Pinochet "était nécessaire". Mort en 1975 à Rome, il avait été canonisé par le Pape Jean Paul II en 2002. On comprend que l'idée de faire une sorte de BIOPIC du saint  ait reçu le soutien financier de producteurs membres de l'OPUS DEI qui étaient fortement implantés au vatican pour ce qui était les finances. Et pourquoi en 2011 en Espagne on avait d'autres soucis que d'aller au cinéma pour s'entendre vanter les mérites d'Escrivas.

 

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Joffé a donc remis sur la table sa première réalisation, l'a autopsié, puis après avoir enlevé 50 mn de l'ancien qui faisait la part belle au Prêtre et mis à la place 20mn d'images brutes qui étaient restées dans les tiroirs, il a refermé le tout en modifiant la trame et en changeant la musique confiée à ROBERT FOLK. On peut donc dire que c'est un film entièrement modifié que Joffé nous représente en 2017, et c'est là que réside l'intérêt à le commenter."

 

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"- Comment peut-on trouver Dieu pendant une guerre?" Telle est la première question que ce réalisateur pose car pour lui elle se pose à propos de tous les défis fondamentaux de la vie et dans la façon d'affronter ces défis. Autre question: "comment répondre à la haine par le rejet ou le désir par la vengeance et la justice en temps de guerre? Pour lui, ce sont là des choix qui affectent notre futur. C'est cette grande diversité de choix que doivent faire les gens qui se trouvent à des moments charnières de tentation combien difficile et cependant nécessaire pour sortir de ce cycle de haine, de rancoeur, de violence". Son   film traite de tout cela sous fond de guerre civile espagnole. Son histoire est bâtie autour de celle de deux hommes qui ont été amis pendant leur enfance  et  qui se retrouvent pendant la guerre civile. Ce qui motive MANOLO (WES BENTLEY) du côté des républicains c'est justement sa haine et son idée de vengeance contre les républicains qui pensent-ils ont été à l'origine de la mort de son père. José (CHARLIE COX) est lui devenu prêtre, il est plutôt du côté de l'armée de Franco qui veut abattre le pouvoir républicain en Espagne, il lutte à sa façon pour assurer sa survie par amour pour Dieu.

 

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Ce film traite aussi de l'amour sous toutes les coutures; ILDIKO (OLGA KURYLENKO) est une républicaine convaincu qui se bat. Manolo se prend à l'aimer mais ILDIKO préfère ORIOL (RODRIGO SANTORO), un des chefs des brigades internationales car elle a, comme lui, le désir de construire un monde meilleur. Alors Manolo, ligoté par la jalousie et le ressentiment, va éprouver de la haine jusqu'à trahir.  JOSE qui prend sa foi au sérieux pense que nous sommes tous des saints en puissance capables de terrasser nos propres Dragons mais pour lui .il faut lutter pour ça... dépasser l'amour de soi. Il refuse de condamner les agissements des deux camps qui s'opposent et refuse toute forme de vengeance. Des années plus tard, Manolo à l'agonie trouvera la force de révéler son terrible secret à son fils ROBERTO (DAUGRAY SCOTT) avec qui il était brouillé alors que ce dernier devant écrire un papier de journaliste sur ESCRIVA avait appris que son père avait connu le prêtre et qu'il fallait qu'il renoue avec lui pendant qu'il était encore vivant pour obtenir des informations pour écrire son article.

Dans ce film les batailles entre Franquistes et Républicains sont de courtes durée mais elles restent pathétiques et gardent la cohérence de l'Histoire. Manolo avait choisit le chemin de la colère, José celui de l'amour.

 

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JOFFE

JOFFE qui a commencé sa carrière de réalisateur en 1984 avec "la Déchirure" aime a explorer des univers différents avec des destins d'exceptions pour les personnages. Son film "la Mission" en 82 avait remporté la palme d'or de Cannes . Il a connu aussi quelques gros échecs. Avec "au prix du SANG" version 2, il a choisi le contexte de la guerre civile entre Républicains et Fascistes Espagnols qui a fait plus de 500 000 morts. La page a été réellement tournée qu'avec la mort de Franco en 1974 et la remise en place du Roi.

 

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Avec ce film rééquilibré, Joffe essaie de montrer  à sa façon et dit-il sous l'influence d'ESCRIVA, que l'amour  peut être trouvé dans la vie quotidienne quelques soient les circonstances et qu'en l'absence de ce même AMOUR le monde que nous habitons est aride et dangereux sous le coup de la colère.

Personnellement je préfère faire référence au Républicain ARAGON qui dans son poème "La rose et le Réséda" (1943) scelle le courage des hommes qui réussissent à dépasser leurs convictions religieuses ou politiques pour lutter ensemble, quitte à souffrir et à mourir, pour travailler à des jours meilleurs:

"et la framboise ou mirabelle

le grillon rechantera

Dites flûte au violoncelle le

double amour qui brûla

l'alouette et l'hirondelle

la Rose et le réséda"

Durée du film : 1h 46

 

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