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Le cinéma sénégalais à l'honneur, c'est pas tout les matins que cela arrive. ALAIN GOMIS,  45 ans, en est à son 4eme long métrage et avec "félicité" il a décroché le grand prix du jury au festival de Berlin et, pour la seconde fois, le trophée du festival panafricain du cinéma à OUAGADOUGOU (FESPACO). Il a fait son film en faisant en sorte que la réalité se passe dans la capitale du Congo kinshasa confronté à l'invisible du quotidien: " il était important d'aborder la vie quotidienne et aussi la partie invisible qu'il s'agisse de l'amour, de la vie ; les vraies choses se passent dans ces moments immatériels et mon film se réalise à ce moment-la". Il a choisi KINSHASA que pourtant il ne connaissait pas et qui lui faisait peur. Cette capitale de la République Démocratique du Congo de 12 millions d'habitants est une ville tentaculaire et bouillonnante. Dans cette ville où tout se ligue contre les gens, quelques uns veulent croire au poids de l'éphémère, au rire de la débrouille en puisant dans la musique et le chant l'énergie de la vie. Ils se laissent pénétrer par la musique pour cesser de se voir comme des victimes en vivant son quotidien afin de se réconcilier avec eux même, pour, comme je l'ai lu dans un commentaire "ne pas s'arrêter à la laideur du monde et entrouvrir les voies du renouveau".

 

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Le Congo est un pays très riche au niveau des ressources et très pauvre économiquement qui a écrit dans son article 15 de sa constitution :"DÉBROUILLEZ-VOUS". Alain GOMIS  a tourné son film dans le quartier ultra urbain de la ville sur le marché, dans les bars et dans l'hôpital pour montrer aussi ce qu'est la vie quotidienne 24 heures sur 24, pour ne pas nier les problèmes mais sans chercher à en faire un documentaire mais regarder vers l'avenir. Pour se faire, il a dressé le portrait d'une femme qui se bat, qui échappe à la désespérance, à la haine de soi; sa résistance est active, ni victime ni bourreau. Elle ne revendique rien. Elle est dans la vie et l'urgence. "Elle est belle comme les ronces" et ne cherche rien d'autre qu'à "retirer les épines de son coeur". C'est pas un film africain social et misérabiliste; c'est un voyage sensoriel auquel le réalisateur a donné un caractère universel.

 

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Le nuit à KINSHASA, la musique nimba Zaïroise et la musique traditionnelle se côtoient et accompagnent les errances nocturnes jusque dans les bars où on vient boire pour oublier une vie de misère.

Le scénario de cette histoire a été co-écrite par DELPHINE ZINGG et OLIVIER LOUSTAU et c'est le producteur Sénégalais ROGER KANGUIDIA qui a facilité le tournage partout dans KINSHASA.

 

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L'Histoire à présent:

Félicitée (VERONIQUE BEYA MPUT) est une Congolaise divorcée depuis longtemps qui élève son fils de 14 ans en chantant le soir dans un bar de la ville avec un groupe de musicien (KASAI ALLSTRON) qui joue une musique forte, agressive, a caractère sexuel qui met l'auditoire en transe. Felicité chante en Muambuyi (en play-back, c'est la Chanteuse KASAI ALLSTRA qui lui prête sa voix). Ce soir - là TUBU (PAPI MPAKA)  a comme souvent trop bu, il titube, éructe, tombe se relève dans une sorte de danse improvisée. Ce que lui rapporte sa soirée de chanteuse, lui suffit pour vivre, elle et son fils; mais ce matin c'est le frigo qui tombe en panne, elle va devoir faire appel à Tubu qui est mécano pour le réparer et comme un malheur n'arrive jamais seul, elle apprend que son fils Samo (GAETAN CLAUDIA) a eu un accident de moto et qu'il se trouve à l'hôpital. Là, sans plus de ménagement, on l'informe que si on ne l'opère pas très vite son fils risque de perdre sa jambe, mais pour l'opérer Félicité doit verser au chirurgien 600 dollars (1000 €uros) ce qui est une très grosse somme que Félicité n'a pas. Sans se poser de question, elle arrête de chanter pour se lancer à la recherche de la somme demandée, recherche difficile, dangereuse. TABU est un coureur de jupons qui la drague depuis un moment. Félicité va devoir faire preuve de courage et de dignité. Elle a décidée d'affronter cet imprévu car elle ne sait pas faire autrement. A jeun, TUBU est un homme doux et attentionné. Elle va devoir retourner à son profit la corruption de la police, obtenir qu'on lui rembourse l'argent qui lui est dû, surmonter la peur et le mépris des riches; le chemin vers le retour à la sérénité sera long, même lorsque la jalousie se met en travers. Quand il l'a voit qu'elle n'est  pas loin de renoncer, Tubu l'encourage à la colère et au courage en femme forte qu'elle est dans ce pays dur et violent, au milieu d'un désastre sanitaire et politique, où seule la musique berce les âmes, les agite et leurs porte secours. Par moment cette ville gronde, puis parait éteinte et muette avant de reprendre dans le rire et la musique. Félicité va toucher le fond avant de remonter à la surface et revenir à la vie en acceptant d'être aimée à nouveau, de ne plus se battre seule....

 

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Alain Gomis surprend en intercallant des interludes avec la musique de l'Estonien ARVO PART et l'orchestre symphonique KIBAMGUISTE dirigé par ARMAND DIANGIENDA (c'est le seul orchestre Sub-Saharien d'Afrique) comme si le réalisateur avait voulu ajouter une seconde voix et ouvrir un autre perspective aux long moments d'errances.

 

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On mesure la difficulté à faire de tels films quand le réalisateur nous explique qu':"il est important qu'il soit un lien avec les jeunes qui arrivent. J'ai l'impression que le moment est important pour le cinéma africain. Je vois arriver une génération de réalisateur qui n'a jamais été au cinéma car il n'y a plus de cinéma sur le continent africain. A la place des salles de cinéma on trouve des commerces ou des lieux de culte. Les films, pour la plus part de ces jeunes, sont vu à la télévision, internet ou sur des DVD piratés"

Durée du film : 2 H 03

 

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