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 J'ai eu un peu de mal à me décider pour commenter ce film, non que je n'aime pas les oeuvres laissées par RODIN ou celui qui l'interprête dans ce film, mais parce que j'ai bien peur qu'il va me falloir passer à faire autre chose qu'une critique ou un commentaire sur ce film. Bon vous verrez bien...

Si l'on s'en tient aux 7000 sculptures qu'il a créé, aux 10 000 dessins, au 1000 gravures et aux 10 000 photos qu'il a fait faire,ça donne l'image d'un AUGUSTE RODIN infatigable artiste, un passionné qui a sorti, sans le faire exprès, l'art des conventions bourgeoises de son époque. Cette année, on célèbre le 100 ième anniversaire de sa mort à 77 ans. Faire une biopic de cet artiste au cinéma aurait relevé d'un travail aussi difficile à achever que sa "porte de l'enfer". JACQUES DOILON s'est donc limité à regarder lorsque l'artiste avait passé la quarantaine. A l'époque où il reçoit de l'Etat sa première commande phénoménale que d'ailleurs il ne parviendra pas à livrer avant sa mort (Plus de 7 mètres de haut 8 tonnes)et où il va vivre 10 ans de passion tourmentée et d'admiration pour CAMILLE CLAUDEL sa toute jeune assistante-praticienne : " Après mon précédent film ("mes séances de lutte")j'ai accepté la demande de deux producteurs d'envisager la réalisation d'un documentaire sur Rodin pour le centième anniversaire de sa mort. J'ai accepté dans un premier temps mais, assez vite, j'ai imaginé des scènes de fiction pour mieux faire "revivre l'animal". Je me suis aperçu que je n'étais pas intéressé ou capable de faire un film documentaire, qu'il me fallait des comédiens; j'ai donc décliné l'offre et continué d'écrire,en me documentant, des scènes de "fictions"....C'est la vie qui m'importe et qui l'emporte; j'ai besoin d'être surpris sur le tournage pour que la vie jaillisse, mais je ne veux pas savoir à l'avance comment va être la scène, les dialogues, la façon dont les comédiens bougent. Je préfère improviser sinon c'est de l'exécution....Je tourne avec deux caméras car je ne veut pas dire "Coupez" tant que la scène n'est pas terminée. Je refuse le découpage au tournage afin de permettre la circulation de l'énergie et trouver la musique d'ensemble.Je ne procède pas par fragments car je risquerais de ne pas saisir grand chose. Ce sont des caméras portées, souvent assez "fixes" mais à leur bonne place pour que la fluidité de la petite chorégraphie des acteurs soit ressentie idéalement et que ça reste une mise en scène peu visible".

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Replongeons-nous dans le contexte de cette époque:

A partir de la moitié du 19 e siècle la Bourgeoisie inspire de l'horreur aux artistes car elle représente l'exigence des industriels et des patrons avec des fortunes colossales. Donner du plaisir à l'esprit intellectuel c'était pour eux gaspiller son argent. Il faut être conformiste et faire allégeance à ces commanditaires-mécènes pour rentrer dans leur estime.Un certain nombre d'artistes et surtout de poètes préfèrent s'engager dans une vie de bohème aux côtés des plus défavorisés et font donc l'objet d'une politique très hostile. Il faut être conformiste pour avoir accès aux salons alors que les jeunes artistes essaient d'inventer un art de vivre de l'Art en se séparant des autres catégories sociales. Leur style de vie est bohème, ce qui fait dire à BALZAC qu'il y a trois classes d'hommes:-L'homme qui travaille manuellement (même un soldat) - L'homme qui pense et ne fait rien qui se voue à la "vie élégante" et l'Artiste qui est un peu des deux, proche du peuple dont il partage souvent la misère parce qu'elle s'oppose aux conventions et aux convenances des bourgeois.

A partir de 1848, ce n'est plus la "bohème doré" car on est souvent obligé d'exercer un second métier pour survivre et continuer à pratiquer son art. Il faudra attendre 1880 pour voir que l'art devient plus social; BEAUDELAIRE pense que l'art pour l'art est devenu une pure utopie.L'artiste s'offre des audaces et des transgressions qui sont une façon comme une autre de s'opposer au monde bourgeois. Des pièces de théâtre s'attaquent aux hommes d'affaires véreux. Le catholicisme social que l'on associe à "l'immaculé conception avec les gamelles ouvrières" de Georges SAND qui se veut la théologienne du sentiment et qui consent à "supprimer l'enfer par amitié pour le genre humain" est fustigé par FLAUBERT.

C'est dans ce contexte que RODIN, au contraire de MANET, refuse de sacrifier la sensualité et la sexsualité sur les sujets de son oeuvre qui touchent émotionnellement son public et l'intérêt dramatique dans ce qu'il fait. Comme dit Flaubert :"la révolution esthétique doit rester esthétique". De la forme naît l'idée, il rejette le moralisme et le sentimentalisme et comme l'écrivain, Rodin se renferme dans son monde physique qui est un immense atelier peuplé de modèles successifs qui sont tous de même valeur ainsi que les praticiens assistants qui les accompagnent. Pour lui, ce qui le motive ce sont les effets de la forme sur la lumière. Il vise à la maîtrise pratique dans tout ce qu'il entreprend. Pour lui, ce sont les propriétés spécifiques de cela qui créent et renvoient au point de vue esthétique de la beauté cachée dans le modèle choisi. C'est cela qui vise à reproduire la vraie beauté sensorielle des êtres. Chez lui, la théorie esthétique et la pratique de l'art ne font qu'un car elle contribue à la construction sociale finale qui devient objet reposant sur un socle. Pour lui donc,la beauté est dans ce sens utile.

Chez RODIN son travail sur la sensualité de la matière, avec en particulier de la terre glaise et du marbre choque même si il répète que BALZAC est le pivot de son esthétique: "le dessin est la clef de mon oeuvre, ma sculpture n'est que du dessin sous toutes ses dimensions."

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Son histoire avec CAMILLE CLAUDEL est une histoire d'amour et de création qu'il n'arrive pas à partager avec sa compagne fidèle qu'il épousera peu de temps avant de mourir. Camille c'est le fantasme joyeux de la jeunesse qui exalte son moi dévastateur. Il a été un enfant plus doué pour le dessin que pour l'étude scolaire. Son père était lui un garçon de bureau à la préfecture de police.Il était de plus handicapé par sa myopie qui sans doute devait l'obliger à porter des lunettes pour maîtriser le moindre détail de ses sculptures.Il avait deux soeurs Marie louise l'ainée et Anna olympe la cadette. Après le mariage de son père en 1829 avec Gabrielle il aura une demi-soeur Clothilde (1832). Sa difficulté à suivre une scolarité normale fait qu'il se retrouvera en pension chez son oncle Jean Hyppolite ce qui lui permettra de découvrir l'art gothique dans une cathédrale. On avait finit par l'inscrire dans une école spécialisée de dessin à 14 ans. Il apprend à pétrir la glaise, visite le Louvre et s'intéreese à l'art antique. Lorsqu'en 57, il tente le concours d'entrée aux Beaux arts, il réussit à l'épreuve du dessin mais échoue à celle de la sculpture car il ne respecte pas les traditions néo-classiques. Il est donc contraint d'aller travailler dans un atelier de sculpture comme artisan-praticien staffeur,ornementiste et décorateur. A la mort de sa soeur Marie-louise, en 1862, il entre dans la congrégation religieuse du Saint sacrement et va y passer un an avant d'être rendu à la vie civile. Deux ans plus tard, il épouse ROSE fille d'un cultivateur qui a juste 20 ans et dont il aura un fils qu'il refuse de reconnaître.

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A partir de là, il collabore avec un sculpteur de renom qui produit en série des oeuvres. Il décore à l'occasion l'Opéra Garnier,l'Hôtel de Paris, puis il accompagne un sculpteur Belge. Il est ensuite mobilisé caporal de la garde nationale lors de la guerre de Russie en 1870 mais aussitôt réformé à cause de sa myopie. En 1875, il étudie Michel-Ange et s'intéresse à son "non finito". En 79, on trouve qu'il est trop proche des communards pour pouvoir commémoré dans une oeuvre la guerre pour l'académie. en 1880 enfin, l'Etat lui passe commande pour "la porte de l'enfers" Et en 1882 commence sa relation passionnelle avec son assistante praticienne Camille, de 24 ans sa cadette.

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Le reste c'est Doilon qui vous en fait un résumé-fiction. VINCENT LINDON est RODIN -IZIA HIGELIN est camille CLAUDEL - SEVERINE CANEELE est Rose : "J'ai tourné dans la maison de Rodin à Meudon, sa chambre, sa salle à manger, les éléments de l'atelier avec son lit".

Pas sur que ça mérite la palme d'or sertie de diamant.

Durée du film : 1 h59

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