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Voilà un film de l'été caniculaire qui a toutes les chances de vous faire passer 8 sales quart d'heure et y aura pas que la clim pour vous faire frissonner dans votre siège. C'est un Espagnol qui pour son troisième long métrage a décidé de vous offrir ce thriller glacé et glaçant. "QUE DIEU NOUS PARDONNE", ce titre sonne déjà comme un avertissement: êtes vous sur d'être aussi bon que vous le pensez? "la violence a été le sujet présent dès l'origine de ce film. Ma co-scénariste ISABEL PERNA et moi nous voulions aborder divers aspects de cette violence, tant celle des hommes que celle des sociétés occidentales; leur héritage hétéro-patriarcal fait qu'elle a toujours été provoquée par les hommes. Il était fondamental qu'elle soit au coeur de notre film".

 

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RODRIGO SOROGOYEN est né 16 septembre 1981. Déjà médaillé comme "meilleur nouveau réalisateur"(Goya) pour son film "STOCKHOLM (2013)qui avait été financé grâce au Crowfulding le voilà qui obtient à SAN SEBASTIEN le prix de "meilleur scénario" pour "QUE DIOS NOS PERDONE"! :"Tout a déjà été fait dans le cinéma de genre. Détourner et pervertir un peu plus les codes traditionnels du Thriller voilà qui me stimule. J'espère que cela aura le même effet  sur les spectateurs. J'ai suivi des schémas traditionnels pour mieux basculer dans des sentiers moins banalisés dans la seconde moitié du film. C'est une sorte de motivation personnelle pour surprendre les gens même si je sais que je n'invente rien avec ces ruptures. Cela nourrit mon plaisir lorsque je tourne de bousculer les choses, d'aller à rebours de ce qui était prévu. Ce thriller comme tous les films espagnols du genre est très réaliste, il renoue avec le sens du détail, du naturalisme social des années 50/60 ; ça tient du cinéma espagnol néo-noir de ces années-là comme par exemple les films de JUAN LUIS BERLANGA. C'est quasiment un héritage culturel, inconsciemment ou pas, on s'en inspire et revendique son influence qui est une manière d'affirmer d'où l'on vient et de conserver ce lien...Le scénario est né d'un intérêt anthropologique : comprendre pourquoi les gens s'entretuent et d'une curiosité sociologique:représenter une société dans un moment concret".

 

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L'histoire se passe à Madrid pendant l'été caniculaire 2012 alors que se déroule une manifestation sur la place de la puerta del sol contre l'argent dépensé pour la venue du Pape BENOIT XVI au JMJ, alors qu'arrivent plus d'un million de pèlerins du monde entier au rendez-vous avec le Pape qui sera présent le 2 septembre. Alors que la police répriment violemment les manifestants insurgés du M-15, elle se montre au contraire très conciliante et protectrice avec les pèlerins étrangers. Pendant ce temps, un tueur en série s'en prend dans l'ombre à des vieilles dames qu'il violente et assassine (5 meurtres au debut de l'enquête). Les enquêteurs VELARDE (ANTONIO DE LA TORRE) et ALFARO (ROBERTO ALAM0) sont chargés de l'enquête pour arrêter le tueur mais avec un impératif: faire que le public et les médias n'en sachent rien pour ne pas amplifier la polémique sur la venue du Pape. Madrid va vivre alors une situation singulière, historique, qui va mettre en lumière la transition entre la tradition d'une Espagne très catholique et l'apparition d'une nouvelle génération d'espagnols qui est pour le changement avec plus de démocratie et les actes atroces, dans l'ombre, d'un individu espagnol? violent qui tue par amour pour sa mère et la haine des femmes.

 

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La première partie est conçue comme un documentaire, comme dit le réalisateur: "c'est fortement rugueux, presque sale; c'est la mise en exposition des personnages, y a pas encore la violence. C'était nécessaire pour pouvoir les plonger ensuite dans un puits sans fond".tout est filmé caméra à l'épaule, c'est le stade où on situe le décor et les interprètes.

 

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Pour la deuxième partie, la photo est plus cadrée, le style visuel est moins agité ça se passe dans un coin mal famé de Madrid. On découvre que dans leur vie privée respective les deux enquêteurs qui apprennent à se comprendre doivent aussi faire face à leurs vieux problèmes personnels, l'atmosphère devient tendue dans une chaleur torride,glauque:"le scénario est violent que ça plaise ou pas; nous avons fait en fonction des moyens sans aller trop loin mais sans limite à ne pas franchir. Ce film n'est pas une ode à la violence, on y voit des choses dures mais il aurait pu être encore plus brutal".

Les deux policiers sont aussi deux hommes qui ne réussissent pas à contrôler leur propre vie; Valabre bégaie. Tous deux ont décidé d'oublier le devoir pour retrouver ce tueur en série. Ils ont engagé contre lui une course contre la montre pour que tout soit rentré dans l'ordre et le calme le jour de la venue du Pape. C'est une course impitoyable qu'ils ont engagé contre le tueur tout en convenant qu'ils ne sont peut-être pas meilleur que lui.Trahison, violence , vengeance, torture va faire que cette poursuite implacable ne peut que finir dans un final tordu ou la tension est extrême. Sensations fortes garanties. La bande son ajoute à la pression.

 

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"les gens vivent avec la violence et parfois il arrive qu'ils se retrouvent au centre de celle-ci" Rodrigo a fait un film radicalement pessimiste, mais son audace , son style et la qualité des acteurs font que si Dieu ne pardonne pas, ça restera très probablement un "effroyable cauchemar sensoriel, palpitant et vibrant" comme a dit un critique et le film noir de l'Eté à ne pas manquer.

 Durée du film 2 h 04 (4 quart d'heure d'angoisse)

 

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