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La musique traditionnelle grecque du REBETIKO symbolise par ses chants les peuples poussés à l'exil et tous les migrants qui, à travers les ages, essaient de trouver une terre d'accueil nourricière qui les rendra libre et indépendant, une terre de partage et d'espoir: " il n'y a jamais de colère dans cette musique, plutôt de la révolte, de la mélancolie; c'est la musique des mal aimés, des gens fiers d'être ce qu'ils sont" dit TONY GATLIF et d'ajouter: " C'est une musique subversive où les chants sont des paroles qui guérissent. Ces chansons parlent d'exil...J'ai vu tant de peuples condamnés à l'exil qu'avec ce film je voulais parler de tous les migrants d'hier et d'aujourd'hui; j'avais envie de filmer une jeune femme libre".

 

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TONY GATLIF a découvert cette musique en 1983 en turquie. Lui même a fait parti des rapatriés d'Algérie de 1960; il avait 12 ans et sa difficulté à s'insérer dans une nouvelle vie l'avait conduit en maison de redressement. Par la suite son passe temps favori était le cinéma et dans son malheur il a eu la chance un jour de pouvoir rencontrer MICHEL SIMON qui l'avait adressé à un ami. Il avait pu suivre ainsi des cours d'art dramatique et jouer au théâtre en apprenant ses textes de manière phonétique. Son premier film fut réalisé en 1975. Depuis il en a réalisés 36 autres. Cela lui a permis de revendiquer sa condition de Gitan et de défendre la cause gitane avant, plus tard, de se concentrer sur les "indignés". La difficulté des sujets traités expliquent le petit nombre de récompenses obtenues dont un prix de la mise en scène au festival de Cannes en 2004. A 68 ans, il nous présente "DJAM", un film qui marque l'aboutissement de sa carrière de réalisateur, une sorte de conte qui se veut un anti "BLANCHE NEIGE" et qui à travers DJAM défend la condition féminine libre et indépendante ainsi que la cause des migrants qui va de pair.

 

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DJAM (DAPHNE PATAKIA) est une femme d'une vingtaine d'année qui vit sur l'ile de LESBOS avec son beau père Kakouros (SIMON ABKARIAN) restaurateur. C'est une jeune femme nature qui ne porte aucun sous vêtement sous sa jupe. Elle est totalement libre et elle vie comme elle l'entend, sans se fixer de règles contraignantes. Elle est généreuse, parfois insolente et toujours imprévisible. Sa vie prend un tour nouveau le jour où son beau père l'envoie en Turquie pour récupérer une bielle pour le moteur du bateau qui reste en cale sèche depuis longtemps car aujourd'hui son commerce est au bord de la faillite et il est contraint, à cause des huissiers qui rodent, de rester dans son restaurant. Djam passe d'abord dans l'ancienne maison de sa défunte mère pour récupérer une archive et découvre des enregistrements vintage du REBETIKO. Elle connaît les chansons par coeur car elles sont dans le patrimoine culturel des gens pauvres exilés dont les ancêtres ont été chassés de turquie par ATATURK. Le Rebetiko c'est la première trace laissée par ces migrants forcés à aller se réfugier en Gréce.

 

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Lorsque Djam arrive en Turquie elle fait la connaissance d'une jeune française de 19 ans : AVRIL (MARYSE CAYON) qui était venue en Turquie pour aider les exilés Syriens qui fuyaient la guerre, mais aujourd'hui c'est elle qui est en détresse car avec ses plans généreux mais mal conçus elle se retrouve sans papier, sans argent et sans aucune possibilité de pouvoir rentrer chez elle. Djam décide de l'aider mais ça n'a rien de facile car toutes deux ont des caractères bien trempés ce qui met Djam mal à l'aise, La française ne voit pas la richesse qu'elle porte en elle. Elle n'a pas la liberté de Djam qui lui dit de la laisser tranquille alors qu'Avril s'imprègne de ce quelle fait et finit par rester dans son sillage. Elles décident donc de faire route ensemble pour regagner la grèce en empruntant la route des précédents exilés qui tout au long de leur chemin ont laissés des traces de leur passage dans les coins où ils se sont arrêtés pour manger et dormir (près d'une voie ferrée on retrouve un foyer où ils ont fait du feu avec des traverses de bois pour cuire dans des boites de conserves qui leurs servaient de casseroles de l'eau pour le thé, des aliments. Avant de partir, certains ont laissé une traçe de leur passage en écrivant sur les murs avec du charbon de bois...) . Quand après avoir traversée la mer qui sert de frontière entre la Turquie et la mer, elles verront la montagne de gilets de sauvetage vendus aux passagers pour la traversée et laissés là par les exilés comme la dernière trace avant de retrouver un semblant de liberté, elles seront bouleversées car chaque gilet raconte  l'histoire d'un exilé.

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Pendant ce long voyage Djam et Avril vont faire de multiples rencontres (pas avec des exilés ou des migrants) ce sera l'occasion pour Avril de faire un détour pour sauver un homme du désespoir et pour Djam d'établir à travers les paroles d'une chanson rebetiko une communion chaleureuse avec les gens rencontrés, chanson qu'elle complète parfois avec la danse du ventre ou qu'elle accompagne avec son instrument de musique le baglamas (instrument étroit à col étroit du Rebetiko). Après ces interlude musicaux endiablés, elles reprennent la routes des exilés syriens....

 

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GATLIF  a insisté pour que dans ce film "ça bouge tout le temps"; il a fait en sorte qu'à travers DJAM il parle de la liberté, liberté que le monde d'aujourd'hui cherche à supprimer "aujourd'hui il n'y a plus de honte a être fasciste, anti arable, anti femme, anti tout. Moi, je ne crois pas que le monde soit à présent meilleur; j'ai horreur de faire jouer faux, je préfère le réel alors je pousse la réalité. L'exil est une catastrophe qui m'angoisse. Mon film est une sorte de bilan de tous les exils".

Emporté par son élan de liberté, il arrive à GATLIF d'aller jusqu'à des scènes de nudités frontales, jusqu'au rasage du pubis, comme si ces détails anatomiques faisaient partie des fantasmes de la liberté nécessaire?

C'est un film qui vit musicalement où jamais sont montrés les exilés qui sont présents à travers les traces laissés.

Durée du film : 1 h 37

 

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