CINEMA- MADEMOISELLE JULIE : LUTTE AMOUREUSE DES CLASSES
Les films de la semaine sont consacrés aux maitresses qui se dévergondent avec le menu peuple pour tromper l'ennui. C'est le Suédois AUGUST STRINDBERG qui avait écrit sa pièce de théâtre "Mademoiselle julie" en 1888, 21 ans aprés la "Madame BOVARY" de FLAUBERT. Ces deux oeuvres, considérées aujourd'hui comme des chef-d'oeuvres, avaient fait à l'époque l'objet de critiques violentes. La pièce de théâtre de STRINDBERG a d'abord été purement et simplement interdite puis censurée en europe car elle comprenait des situations et des postures "moralement et socialement" subversives car il était inconvenant qu'une aristocrate puisse avoir envie de séduire un valet de chambre qui la poussera au suicide. Pour la haute société d'alors et pour l'église cette histoire dévoilée au grand jour symbolisait la corruption et les dangers de l'entrée dans le modernisme.
L'auteur était soupçonné aussi de s'être laissé influencé par le pervers FRIEDRICH NIETZSCHE qui disait que vouloir échapper à son destin social était une illusion. Sa pièce en un seul acte et décor, sans entracte, était située la nuit de la "Saint Jean", fête payenne pendant laquelle les pauvres et les domestiques buvaient, dansaient pendant toute la nuit pour mettre à l'épreuve autour d'un grand feu leur amour ou pour nouer de nouvelles relations sentimentales en guettant soit un présage de fécondité soit une bonne nouvelle sur son avenir. En cette nuit, l'aristocratie et la bourgeoisie restaient sagement renfermée dans leurs riches demeures sauf qu'ici Mademoiselle Julie entend profiter de l'abscence du comte son père pour elle aussi faire la fête dans son château et comme il n'y a personne en dehors des domestiques, elle décide de se rabattre sur le valet de chambre bien qu'il soit déja fiancé avec la cuisinière. Ce dernier rève depuis longtemps de cette créature de rève et il pense là trouver l'occasion pour se hisser dans la cour des grands. De là, il va en découler un affrontement amoureux et une sorte de lutte de classe entre une aristocrate dominatrice et manipulatrice et un ambitieux qui veut grimper dans l'échelle sociale et sortir de sa situation de domestique. Au petit jour le drame est consommé, l'irréparable a été commis, la jeune comtesse vainçue va devoir se chercher une porte de sortie.
Jouée des centaines de fois dans les théâtres du monde entier et adaptée une quinzaine de fois au cinéma, LIV ULMAN, après une coupure de 14 ans, revient à sa quatrième réalisation (elle n'a pas cessée de se produire au théâtre). Pour son adaptation cinématographique elle n'a pas voulue se démarquer du théâtre :" Personne peut dicter ce que doit être le cinéma". Seuls changements dans le contenu de la pièce: le nombre de personnages est réduit et la plupart des scènes se déroulent dans la cuisine du château afin que ça devienne un huit clos théâtral : "Au cinéma nous avons la possibilité de faire des gros plans même dans l'obscurité, de suivre la façon de se mouvoir des personnages qui sont typiques de leur époque, leurs comportements, les gestes. Je n'ai pas voulu faire de montage saccadé mais s'en est pas moins cinématographique". Avec directeur de la photo MIKHAIL KRICHMAN ils ont insistés pour que la lumière ait un rôle dramatique lorsque l'espoir s'évanouit et que l'horreur s'installe. "Dans l'obscurité de la cave l'éclairage à la bougie donne aux ombres le reflet de la part sombre des personnages; les visages sont éclairés différemment, de façon plus crue, moins flatteuse", dit la réalisatrice. les acteurs tiennent bien leur rôle JESSICA CHASTAIN en Bourgeoise, COLIN FARELL en domestique et SAMANTHA MORTON en cuisinière.
Délibérément (comme au théâtre) la caméra reste statique mais dit-elle:"Au cinéma on a l'opportunité de se rapprocher des visages et des yeux, pour percevoir les émotions dans toute leur vérité. Cette proximité n'existe pas au théâtre. Elle permet à la caméra qui symbolise l'oeil du spectateur de mettre à nu les tourments des personnages, les comédiens n'ont pas besoin de souligner leurs effets". seul accompagnement de certaines scènes, des morceaux de la "Nocturne" de SCHUBERT. On comprend que certains critiques de cinéma, pas fan de théâtre, aient trouvés ce film ennuyeux à la longue surtout si on connaît le dénouement final. Là encore une transposition dans la modernité aurait donné plus de dynamique et de souffle à cette luttes amoureuse des classes; vous me direz avec l'actualité médiatique qu'on a en France on a déjà notre cinéma réalité et le titre de ce film "Mademoiselle JULIE" serait déjà tout trouvé après "Merci pour ce moment"!
Durée du film: 2 h 13
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