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GARCIA

NICOLE GARCIA est une réalisatrice qui divise sur sa façon de faire des films; Alors qu'elle a parfois récolté jusqu'à 6 CÉSARS d'affilé, sa focalisation sur le destin de femmes (c'est son 9ième film) reste sujet à controverses et c'est pas son dernier film  "Mal de pierres" qui a changé la donne lors de sa présentation au dernier festival de Cannes où la critique l'a trouvé "Trop bourgeois, Figé , glacial" et au mieux "gris et pesant". C'est vrai que sa façon de tourner sort rarement du classicisme avec des ambiguïtés pour ne pas prendre parti et laisser le spectateur dans le doute.

 

PIERRE 1

 

C'est la lecture d'un court roman de l'Italo-Sarde MILENA AGUS (Ed Liana Levi 2006) qu'elle a tirée l'idée de son film qui au final est très loin du livre. Elle a travaillé un scénario avec son acolyte JACQUES FIESCHI sur l'histoire d'une jeune femme en quête de l'AMOUR ABSOLUE qui semble être sa seule raison de vivre. Elle a un absolu besoin d'un homme dans sa vie mais pas de n'importe lequel; un homme qui la guérira de sa sensualité frustrée qui a fait quelle souffre dans tout son corps, du coeur, des reins, partout. Elle veut connaître un amour passion sans pudeur ni retenue. Pour autant ce n'est pas une jeune femme qui en ces années cinquante aspire à vivre libre et indépendante comme les autres dites "féministes" et c'est là toute l'ambiguité de GABRIELLE, fille d'une bourgeoise qui dirige une grande exploitation agricole en Provence (la lavande). Sa fille est une bourgeoise qui ne s'interesse à rien d'autre qu'à sa seule personne. Son comportement est excentrique au point que son entourage se demande si elle ne frôle pas la folie ? Elle même, ne fait rien pour dissuader son petit monde familial avec qui elle a des problèmes relationnels; elle semble se comporter comme si elle était victime de ses émotions; anxiété , déprime, tristesse font que le mal qui la ronge rend son comportement instable, limite bordeline. Si bien que sa mère se dit que seul le mariage peut la sauver. Comme avec l'envie de se décharger de ce fardeau inutile, elle demande à un jeune saisonnier espagnol de son exploitation de prendre Gabrielle en mariage. Celle - ci dans un premier temps refuse de toutes ses forces puis accepte à condition de ne jamais coucher avec lui et de jamais faire l'amour. José accepte avec abnégation et lui restera fidèle dans l'espoir qu'un jour il pourra la rendre heureuse. Après le mariage, on envoie Gabrielle 6 semaines en cure thermale pour soigner ses calculs rénaux que l'on désigne par le "mal des pierres". Pendant son séjour elle fait la connaissance d'un blessé de la guerre du Viet-Nam André Sauvage dont elle tombe folle amoureuse, au point que quand elle revient de sa cure elle est enceinte. Mais l'idée d'être mère ne la préoccupe pas plus que ça;  elle écrit des dizaines de lettres à son amant pour lui dire sa passion dévorante sauf que lui ne répond jamais....

 

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"La folie des femmes m'attire, dit Nicole Garcia, lorsqu'elles portent en elles une fragilité avec un risque de catastrophe...les femmes m'interessent quand elles ont une dimension vibrante, tremblante, poétique... Marion a cette sensualité particulière, une dimension animale et possédée de sa folie créatrice."

 

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Pourtant, malgré son talent de grande actrice du cinéma moderne et sa splendide nudité, MARION COTILLARD (Gabrielle) ne parvient pas à soulever chez les spectateurs (et le jury de Cannes) beaucoup d'empathie pour son personnage malgré qu'aucun des autres acteurs qui l'entourent ne cherchent à lui voler la vedette ALEX BRENDEMULK (José), LOUIS GARREL  (André sauvage), BRIGITTE ROUAN (Adèle la mère). Quoiqu'il puisse lui arriver, son personnage ne parvient pas à susciter une vraie émotion qui pourrait faire qu'on ait envie de s'en faire une amie. En fait, c'est son désintérêt de ce qui se passe dehors pendant qu'elle se morfond sur sa seule personne qui fait que comme Milena AGUS on en arrive à penser que:"dans chaque famille il y a toujours quelqu'un qui paie pour les autres.  Selon certaines habitudes le désordre doit s'emparer d'un membre pour préserver les autres"

 

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Gabrielle malgré sa beauté, n'attire pas; on la regarde vivre sa folie à côté de sa vie à défaut de s'adapter au carcan des valeurs de la société pour la renverser. Contrairement à ce que veut nous dire Nicole Garcia, le destin de cette femme n'incarne pas "la forme de l'imaginaire, la puissance créatrice dont nous sommes tous capables, lorsque nos aspirations, nos sentiments nous conduisent aux extrémités de nous même et à notre propre dépassement". Les décors dans les quels évolue Gabrielle: campagne, mer, montagne, ville sont vides. On l'abandonne à son mal de pierres et à son incapacité à faire quelque chose pour se sentir heureuse et libre. C'est une femme mort-née dont il ne restera pas grand chose à la fin dans nos souvenirs.

Durée du film : 1h 56

 

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