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NIZAN

Quand on découvre un film Israélien où il n'est pas question de religion ni de guerre, c'est forcé qu'on a envie de voir de quoi il en retourne, surtout si le réalisateur est un autodidacte issu du documentaire et du Théâtre. Pendant 6 ans il a cru devenir comédien en allant en Amérique; la réalisation de films l'a rattrapé. Nitzan GILADY n'y est pas allé par quatre chemin :" je raconte mes histoires sans faire une grande différence entre la fiction er le documentaire. Mon expérience de documentariste et de théâtre m'a permis de faire une transition douce. Je raconte mes histoires uniquement grâce aux scènes que je tourne en contrôlant tout particulièrement l'esthétique. Un fois le scénario écrit j'avais une idée précise de ce que je cherchais visuellement. C'est l'ensemble des décors qui m'a montré à quoi ressemblait le cadre dans lequel il fallait intégrer les personnages. Le paysage a un potentiel créatif et dans le désert on est vite déconnecté. on voit les choses du point de vu de mon personnage principal qui est toujours au bord du cadre presque à être poussé hors de l'écran. Elle voit toujours, la beauté de la vie, et comparée aux autres, elle s'épanouit et s'émerveille de tout, même dans le désert".

 

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L'histoire se déroule au sud d'Israel, en plein désert du Néguev, dans le petit village de MITZPE RAMON, pas loin d'un canyon vertigineux. La maison où Hadji (MORAN ROSSEMBLATT) vit avec sa mère divorcée Sarah (ASSI LEVY) est modeste mais les murs de la chambre d'Hadji sont tapissés de photos de mariages découpés dans des magazines; il y a aussi un grand casier où se trouvent des dizaines de poupées de papiers fabriquées par elle. La maison ressemble à un arche perdue. Hadji est une femme fragile psychologiquement qui à trente ans rêve de pouvoir se marier mais sa mère qui est femme de chambre dans une maison de riches la surveille dès qu'elle s'aventure dans les couloirs vers l'escalier et refuse d'écouter son fils qui dit qu'elle aurait dû mettre depuis longtemps sa fille dans une maison spécialisée car elle est "taré". Hadji travaille dans une usine à la découpe et à l'emballage de rouleaux de papiers WC. Hadji est amoureuse du fils du patron OMRI (ROY ASSAF) mais leur relation reste secrète. En dehors de son travail, son hobby c'est de confectionner avec les chutes de papiers des robes de mariées dont elle habille ses poupées découpées dans du  carton. La fabrique de papier qui périclite depuis longtemps est sur le point de fermer les portes . La mère Sarah s'inquiète pour sa fille alors qu'elle aimerait bien, elle aussi, retrouver une vie de femme. La fermeture de l'usine et son licenciement va bousculer la vie d'Adji qui a des rêves irréaliste alors que sa mère , même fatiguée reste réaliste et comprend pas son hobby pour les poupées de mariage (elle essaiera de la faire embaucher dans une boutique de robe comme couturière)....

 

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Dans ce film, GILADY ne cache pas les difficultés économiques et la détresse morale de ces habitants qui sont isolés. Pour le scénariste, le Handicap ne se limite pas à ce que l'on voit. Tous les personnages sont des handicapés du sentiment, même Omri; c'est lui aussi un attardé quelque part, c'est un amoureux honteux quand il est avec ses copains alors qu'Adji est d'une naïveté radieuse , même quand elle est triste elle parvient toujours à trouver des raisons d'espérer et de sourire, elle refuse d'être une victime "normale" dans un monde où tous les habitants sont indifférents à ce qui se passe. C'est le seul moyen qu'elle semble avoir trouvé pour échapper à la prise étouffante de la vie dans cette ville perdue dans le désert en gardant son âme d'enfant qui rêve au mariage.

 

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Le film est basé sur le rêve d'indépendance et d'amour d'une adulte naïve et limitée dans un monde dont la réalité est impitoyable, remplie d'indifférence et de mépris; hadji a un frère, mais il est soumis à son épouse et celui qu'elle croit qu'il l'aime a d'autres ambitions. Seul l'amour maternel demeure : telle Mère, telle fille.

 

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La photographie de ROEY ROLH offre des couleurs éclatantes et vives  et la mise en scène a été épuré pour ne pas être en contradiction avec l'art minimaliste pratiqué avec bonheur par Hadji. Ça reste discret et fluide, sans leçon de morale; la créativité est là avec un zeste de poésie. C'est pas de l'art pauvre de cinéma. C'est déjà pas mal pour un premier film dans un pays constamment en guerre de part la volonté obstinée des religieux qui se sont arrogés les pouvoirs de Gardien du temple... sans voir que eux aussi font partis des handicapés indifférents.

Durée du Film : 1 h 22

 

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